Archive for novembre 2008

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Signer et poster la partie 3 dans l’enveloppe ci-jointe

novembre 30, 2008

Jour -21

Ce n’est pas une histoire qui commence par la fin
Du milieu peut-être, une de celle qui s’étouffe dans les coins
Les gens ne meurent pas dans ce récit, ils s’éteignent graduellement
Lambeau après lambeau, sans remous, sans grands drames
Aux grands vents, ces âmes qui se laissent porter
emmener dans l’oubli un matin à la fois

Mood musical: Why -Good Friday

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L’increvable

novembre 26, 2008

Jour -25

Il y a émeute dans la cour, les chiens s’émeuvent pour rien. De ma fenêtre, je vois madame Bernard tenter de contenir l’enthousiasme de son berger de ville. Pavlovitch qu’il s’appelle, mais madame Bernard s’entête à lui crier sale cabot ou sac à trouille, ce qui ne doit être en rien revalorisant pour un égo de chien de garde. Parfois quand elle m’en parle, elle le baptise en chuchotant tout bas pour que moi seul l’entende « ce maudit increvable ». Elle le chuchote de peur que son vieux puisse entendre de là-haut ou pire que la mort elle-même s’en charge avant l’heure.

C’était le vieux justement qui s’était entiché de cette bête, juste avant sa mort. Du plus loin que je me souvienne, monsieur Bernard lisait Dostoïevski. Du moins, les dix années où je l’ai croisé sur son balcon, il roupillait sur sa chaise, « L’idiot » sur les genoux. Une rumeur dans le quartier veut qu’il fermât les paupières pour la dernière fois le bout du nez pointé sur le dernier mot du premier chapitre. « Fiacre », ce qui n’est pas, à mon avis, le plus joli mot pour reposer en paix.

Quand je me surprends à observer les étoiles du haut de mon balcon, j’imagine Pavlovich attelé à un grand chariot aérien, tournant et retournant à l’envers chacun des nuages abondant la voûte, entre Montréal et Saint-Pétersbourg, dans l’espoir de retrouver ce fameux bâton que monsieur Bernard, en grimpant au ciel, avait lancé par accident de l’autre côté de la Voie lactée.

Mood musical: Okkervil River – Starry Stairs

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Bleu d’Irlande

novembre 25, 2008

Jour -27

Les mots ne se bousculent pas ce soir. Devrais-je en être surpris?
Les verbes anémiques s’étouffent dans le doute et tant qu’à leur faire dire n’importe quoi, aussi bien les fracasser sur le sol (une évidence). Certains font « plouc », d’autres font « clich». Ils se déconjuguent en flaques éthyliques, en miasmes hallucinogènes. Tellement que le verbe « vociférer » me fait voir du jaune et du vert autant que du bleu d’Irlande si l’on se permet d’inventer cette couleur. Bleu d’Irlande, mais encore? L’Irlande qu’est-ce qu’elle en dirait toute au loin, me ferait-elle un procès à Belfast ou à Dublin? Loin de moi l’idée d’effaroucher la déesse Ériu d’autant plus qu’on la soupçonne d’être colérique (Peut-être pas, qu’est-ce que j’en sais). Bleu d’ici, bleu de là, un bleu de plus ou un bleu de moins. Nous ne sommes pas à un bleu près. La blancheur de la neige, diffuse par la nuit, borde les toits d’un scintillant bleu d’Irlande. Allez, bonne nuit!

Mood musical: Arab Strap – The Shy Retirer

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Planète Sauvage

novembre 22, 2008

Jour -29

On m’avait vu au Coyote ce matin-là. J’avais demandé du pain blanc, des œufs brouillés et du bacon. Du moins, c’est ce qu’on me remémore, car je n’ai souvenir de rien. En me disant ça, la serveuse me regarde droit dans les yeux : « Oui, tu étais là ! J’en suis sûr. J’ai lu ton billet Marguerite. C’était ma première journée, je ne pouvais pas oublier cette dame qui posait autant de questions. »

Comment lui expliquer que c’était de la fiction et qu’en fait je n’avais jamais mis les pieds au Coyote avant aujourd’hui? Elle était persuadée de m’avoir vu. Je gisais dans ses souvenirs fabriqués et dans le fond ça me touchait un peu de m’être virtuellement incrusté dans sa tête. Je n’ai rien dit, j’ai fait comme si j’étais un client de longues dates, je lui ai redemandé du café avec le sourire avant de m’enfermer dans mon livre.

Pendant ma lecture, une phrase a captivé mon attention : « Je suis sorti sur la rue, le vent du printemps me giflait comme un hiver trop long. » Je l’ai relu plusieurs fois en me disant, tout compte fait, qu’elle collait bien avec ce matin. L’hiver se donne beaucoup trop d’aise et s’étend autant sur le printemps que l’automne. J’ai extrapolé et je nous ai vus dans un pays n’admettant qu’un hiver et un été. Pour ensuite pousser l’idée jusqu’à ne concevoir qu’un hiver éternel; à quelques glaçons de réadmettre l’idée d’une ère glaciaire. Quand la serveuse m’a remis l’addition en y incluant son numéro de téléphone, je me suis juré de la rappeler avant que Montréal redevienne une île de glace et que je me retrouve cryogéné par ma solitude.

Mood musical: Plants & Animals – Mercy

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Tes yeux se moquent

novembre 20, 2008

Jour -31

Je ne sais pas ce que c’est d’être un roi. De passer la nuit dans un château, longer les murs sinistres afin de capturer des fantômes dans un filet à papillons. Peut-être le même filet que j’ai eu gamin pour avoir eu l’audace de terminer ma maternelle. Les fantômes n’ont pas tous tes yeux, mais la plupart en sont jaloux. C’est connu, les rois n’ont que ça à faire chasser ton regard parmi les spectres agités.

Je suis très avare de mots ce soir. C’est que, tu vois, je suis astronomiquement occupé (rien de moins). Alors, je t’invente des histoires de rois et de fantômes ou vice versa pour ne pas laisser trop de vide. Dans ce cas, si tes yeux se moquent… ce ne sera pas comme un poignard qui me transperce le corps, seulement une éraflure faite par un petit couteau à beurre fait de plastique blanc qui vient avec les commandes « pour emporter ». Tu vois où la connerie peut mener. Elle livre même jusqu’à chez toi.

Mood musical: Louise Attaque – Tes yeux se moquent

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Délire récursif

novembre 18, 2008

Jour -33 

Ce ne pouvait être qu’un délire dessiné par quelque chose qui ne dessine pas très bien. Peut-être ma main guidée par nos cerveaux détraqués. Nos cerveaux soufflant sur les phalanges inertes de mes doigts qui ne connaissaient que les mots, de ceux qu’on ne sait pas trop enfiler. De ceux qu’on écrit en souffrant sans savoir si les voiles nous mèneront quelque part, si les folies seront propices à l’éclosion d’un voyage outre-raison. Que dire de ces océans qui nous enclavent l’un et l’autre? Tout près, mais si loin, deux continents.

Je m’évertue à l’évacuer ce « moi et toi » qui respire comme deux poumons à l’intérieur de moi. Je ne cesse de le coucher sur papier pour qu’il me laisse enfin respirer. Cette dualité parfaite en mon corps qui se décuple à l’infini me laissant l’impression d’être la poupée russe originelle. L’unique qui demeurera unique. À moins que celle que j’habite soit si vaste qu’elle se colle aux parois de l’univers et que nous sommes si minuscules qu’elle seule puisse nous savoir l’un pour l’autre. Jusqu’à ce qu’elle se décide à nous expulser violemment toi et moi. Que nos corps se percutent et s’enchâssent dans le nimbe des mots incarnant l’histoire aérienne et utopique d’un être tourmenté.

Mood musical: The New Year – Alter Ego…

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La ligne interrompue

novembre 15, 2008

Jour -36

Les métros s’empilent les uns sur les autres et les gens devant leur hublot peuplent mon imaginaire. Une fractale de vie et d’histoires qui cheminent en passant par ce point précis.

La fille aux boucles d’oreille en forme de fusée qui lit « Cent ans de solitude » le regard vacillant entre Montréal et ce village sud-américain isolé du reste du monde. Elle a choisi Beaubien comme destination. Je l’imagine, emprunter les escaliers, longer le couloir jusqu’à la grande porte difficile à pousser due à la malice du vent qui voudrait la garder à l’intérieur. De toutes ses forces, elle arrive à quitter ce monde sous terrain s’offrant toute entière à un Montréal éclectique, un amant fantaisiste.

Le petit garçon agité qui chante une chanson colorée de son langage imaginaire. Il court de long en large de la rame sous les regards de sa mère exaspérée. Il gambade à reculons, trébuche dans les ronds du plancher. Il consolide chaque seconde de sa jeunesse avant de s’engouffrer dans le monstre géant qui débarque en trombe. Au travers de la fenêtre, il envoie ses salutations dans un mouvement de main enfantin à tous ces inconnus sur la rame qui ne peuvent camoufler leur sourire.

Les métros s’empilent quand ils arrivent au bout de leur ligne. Le corps vidé de ces vies éclair qui ne durent que le temps d’un voyage.

Mood musical: Bon Iver – Skinny Love