h1

L’homme sur le banc

mars 12, 2008

Jour -285 

C’est sur un banc qu’il se tient, de biais avec la pharmacie, les mêmes mots de sa main sur un petit papier photocopié, les mêmes mots depuis des années. De ceux qui se mélangent comme un milkshake en poudre secoué d’une main légère. Tout grumeau, qu’on avale par secousse et grimace, un peu de travers, avec la grenaille qui colle au fond du palais. Il tend sa missive aux passants, son cri d’espoir refusé aléatoirement, surtout par les habitués, les Outsiders l’acceptent sans trop savoir dans ce qu’ils s’embarquent. De l’autre main, il fume de manière à éloigner la fin du monde, éloigner les vampires encéphales qui siphonnent son esprit, par en dedans. Il se donne un élan, sur sa chaise berçante imaginaire, il repousse les limites de sa fin.

De sa voix, parce qu’il arrive à émettre des sons de son gosier neutre valiumé, il répète encore et encore pour chaque oreille, pour chaque pied le même discours. Je ne l’ai jamais vu entretenir une conversation, mais il a cette phrase préfabriquée à la manière des poupées à corde qu’on les fillettes pour leurs rappeler à quel point elles sont jolies, à quel point elles sont uniques. Il y a aussi celles qui tirent un coup, les poupées cokée qui vendent leurs maux. Elles ne tendent pas la main, elles te giflent leurs culs au visage dans un tout autre élan du genre : « prend moi pour du fric et fais-le vite », mais ça, c’est totalement une autre histoire. Lui il le fait lentement, dépose chacun de ces mots devant lui : « Pour-changer-le-monde ». Il me semble que c’était ça. Et le monde change un petit peu chaque fois. On ne s’en rend pas compte d’un millimètre sans plus, la terre tourne différemment. Ce n’est pas un travail expéditif, il lime les parois de notre prison avec ses ongles jaunis.

Il m’arrive de le prendre ce papier, pas toutes les fois, de temps en temps. Quand je me sens heureux que j’ai envie de lui prêter main-forte, donner un petit coup d’ongle de mon côté. Je n’ai plus à le lire son billet, les mots, je les connais. Je me contente de le plier de gauche à droite, de bas en haut. Le ramener à sa plus petite expression de papier, une boulette. Coincer les mots un sur l’autre dans un espace restreint, en faire un concentré que je le dissimule dans le creux de ma main. Rendu chez moi, je ferme le poing de toutes mes forces. Je laisse couler ce liquide typographique que je mélange avec un peu de vinasse. Je m’assoie devant mon écran, je bois une gorgée et j’entame un billet que je débuterais ainsi :

Je l’aurais vu te monter sur le corps et redescendre tranquillement en longeant le courant de tes veines holographiques.

Mood musical: Why – Song of the Sad Assassin
Pilosité faciale: 3 jours
Taux d’amabilité: pour changer le monde
Taux de dérision: milshake en poudre

Publicités

6 commentaires

  1. « les vampires encéphales qui siphonnent son esprit », ça fait un joli son quand on le dit.


  2. Oui surtout quand tu le dis. Moi quand je le dis, ça ne sort pas aussi joli… Tu vas me dire, ouais, mais tu n’as jamais entendu ma voix. Là, rendu à ce point très précis du cheminement de mon commentaire, je vais être vraiment déstabilisé…


  3. Oui mais tu n’as jamais entendu ma voix. J’ai une voix de chiottes.


  4. C’est apaisant une voix de chiottes….sa coule comme une chute d’eau, on a même le plaisir de voir le tourbillon. Ce sont les chutes Niagara pour célibataire.


  5. Ton texte m’a touché,
    Tout simplement.

    Je ne saisis pas toujours tes écritures et tes textes (peut-être suis-je limitée ou encore simple d’esprit…ha ha ha), mais dans certaines de tes compositions, tes mots arrivent à me faire vivre certaines oppositions, passant de la tristesse à la joie extrême…
    Des textes comme celui-ci.

    Continue


  6. […] musical: oups! Pilosité faciale: 6 jours Taux d’amabilité: meurtrier Taux de dérision: […]



Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :