Archive for juin 2008

h1

Yucatan

juin 27, 2008

Jour -177

Cher Journal,
Ce soir, je vais prendre l’avion pour la première fois. Je m’envole pour rejoindre ma correspondante Pouelita au Mexique pour une semaine. C’est drôle de t’écrire tout ça, car mes parents croient que je pars à Baie-Comeau pour une compétition de lancer du disque au jeu du Québec. En fait, je vais me gaver de Tequila avec les cousins de Pouelita et je vais faire l’amour (pour la première fois) sur le bord de la mer. Je sais que cela peut paraître téméraire pour un garçon de 14 ans, mais je suis très débrouillard et j’aime l’aventure. Par internet, il est possible de tout faire très facilement. Je n’ai eu besoin que de quelques numéros de carte de crédit (je ne peux pas te dévoiler la source).

Je m’en vais dans le Yucatan. Oui, je sais ! C’est drôle. Je te parlais justement, il y a quelques semaines, de mon ami Tristan qui m’avait fait découvrir le groupe Throw me the Statues et leur chanson Yucatan Gold. Je ne sais pas si je vais trouver de l’or, mais ce que je sais, c’est que l’amour est au rendez-vous. Pouelita, c’est ma petite poulette. J’aime bien l’appeler comme ça… Je me suis trouvé bien drôle la première fois que j’ai fait le jeu de mots. Je ne suis pas certain qu’elle ait compris puisque nous discutons en anglais. Je ne connais pas vraiment l’espagnol pour le moment et elle n’a aucune idée du français ou du québécois (c’était cool la dernière Saint-Jean, j’étais vraiment saoul).

Je sais! Je sais! J’étais censé t’emmener pour te faire connaître le Mexique, mais j’ai trop peur de te perdre. Je vais me contenter de gribouiller par-ci par-là des idées pour qu’à mon retour je n’oublie pas de te conter tous les détails de mon escapade. Au Mexique, je vais dormir dans la chambre juste à côté de la sœur de Pouelita. Il parait qu’elle se promène toujours toute nue. Moi ça ne me fait ni chaud, ni froid parce que je n’ai d’yeux que pour ma petite Poulette. Par contre, je suis prêt à me sacrifier pour toi et te rapporter un cliché que tu pourras garder pour toi. N’oublie pas de bien te cacher, car si c’est gênant pour une fille de se faire lire son journal intime, imagine pour un gars comme moi (je n’ai déjà pas beaucoup d’amis). Mes grands frères me traiteraient surement de lopette ou de chochotte et s’empresseraient de publier des extraits sur internet.

Je m’ennuie déjà de t’écrire et je reviens dans une semaine très exactement!

Mood musical: Throw Me The Statue – Conquering Kids (live)
Pilosité faciale: 5 jours
Taux d’amabilité: intime
Taux de dérision: nu

Publicités
h1

Au milieu de nulle part!

juin 25, 2008

Jour -179

Ce que j’ai vu en premier, le trou.
À part ça, je ne me souviens pas de grand-chose. Une table, un stylo, des feuilles éparpillées. Un numéro de téléphone sur un papier déchiré d’agenda à spirale. Sous le numéro, il était inscrit « About Saturday » et des points de suspension. J’aurais aimé me souvenir du contexte. Pourquoi « Saturday »… pourquoi pas, samedi? Des violettes africaines, je n’aurais probablement pas pu les reconnaître s’il n’y avait pas eu le petit écriteau pour les identifier. C’est beau, même si je n’ai pas une attirance particulière pour ce genre de chose.

C’est à ce moment-là que j’ai eu l’idée d’appeler le numéro. Logiquement, c’est ce qu’il y avait de mieux à faire. Pas que je crois vraiment en ça, la logique j’entends, mais parfois je me laisse corrompre. C’était un resto italien. J’ai réservé pour deux : samedi, vingt heures. J’ai raccroché. Ensuite, c’est comme je l’ai déjà raconté dans le premier interrogatoire. Ce qui est sûr, je n’en démords pas, ce que j’ai vu en premier c’était le trou dans le plafond. Je n’étais pas chez moi. J’avais dormi beaucoup plus que douze heures. Je sais, ça ne fait pas beaucoup de sens pour le moment. Ha oui! Et il y avait sur ma chair ce début de poème :

« Je palperai les cendres de mes mots de décembre
Quand je devrai redescendre de ce paquebot embrasé
Que j’aurai guidé de l’hiver à l’hiver
Sur un fleuve de sable inventé »

 

Mood musical: Pinback – From Nothing to Nowhere
Pilosité faciale: ? jours
Taux d’amabilité: —-
Taux de dérision: —-

h1

Le vieux Havane

juin 23, 2008

Jour -181

Bukowski

 

 

C’était dans le vieu Havane. Des gens aux regards pleins comme des soleils de midi. Des gens qui se bousculaient dans tous les sens pour s’emparer d’un peu de la journée qui s’enfuyait trop vite, toujours dans la même direction. Tout ce qui parlait dans ces vieilles structures, ces vieux immeubles, sans dire un mot, sans chuchoter même, gardant leurs secrets incrustés dans le temps. Des enfants dans leurs habits d’enfants, en train d’apprendre à devenir vieux sur des tables d’imaginaires, dans des cahiers de théorie. Les dalles de pierre des voies piétonnières enclavées dans la poussière de Cubains, de touristes, d’Hemingway, de moi, de nous.

L’école de la vie traversée par l’école de la poussière. J’en aurais entassé de la poussière dans mes poches ou mon sac à dos pour en traduire leur substance dans une carcasse vierge n’attendant que les mots pour la faire vivre. Le vendeur de faux cigares au regard qui débordait de bonnes volontés. Les mojitos que j’absorbais dans le fond de ma chair pour me faire voyager différemment. Encore des gens à l’infini qui ne demandaient qu’à être capturés par mon regard. Ce marchand de bouquins sur le coin du parc qui faisait revivre Buk dans le vieux Havane, dans un univers où il n’avait probablement jamais mis les pieds, laissant planer dans l’air des mots alcoolisés, laissant planer le doute qu’il ne sera jamais possible de se cramponner à l’invisibilité de cette ville, de ces villes qui s’endorment sans qu’on ne puisse jamais les saisir d’aucune façon.

Mood musical: The National – Fake Empire
Pilosité faciale: 5 jours
Taux d’amabilité: imagé
Taux de dérision: étrangère

h1

Le goût des nuages

juin 21, 2008

Jour -183

Tu pourrais me dire si ce sont des Cirrostratus ou des Altocumulus, moi je n’y connais rien aux nuages, sauf peut-être la forme qu’ils me permettent d’imaginer. Justement, j’y vois des images d’amants malmenés par le bleu du ciel qui les transpercent.

Tu sors par la bouche du métro, tes cheveux frisés, tes lulus soutenues par de petits rubans jaunes. Tu ne me vois pas tout de suite, je te trouve jolie dans ta robe gonflée par les courants d’air qui passent à travers ces fameuses portes de la station, toujours trop lourdes. Pendant que tu me cherches, que tes écouteurs crachent sûrement la voix d’un chanteur torturé, j’observe le mouvement que ton corps emprunte au vide de l’espace. Tu palpes l’appareil dans le noir de ta sacoche pour arrêter le son de ta musique, mais tu ne trouves pas du premier coup. Tu tâtonnes et finis par mettre fin au concert privé dans ta tête. Ton regard se balance entre les gens, je ne vais pas immédiatement te rejoindre. Je suis sur un autre banc, celui qu’on ne s’était pas donné rendez-vous. Tu avances à petits pas en regardant de tous les côtés, tu t’assois sur le banc, le bon, celui prévu par notre entente. Je remarque que tu regardes au ciel. Tu es probablement à classifier les nuages selon leurs altitudes, leurs formes, leurs propriétés parce que toi tu les connais. Je te vois prendre ton carnet et y inscrire quelque chose. Je ne t’imaginais pas aussi jolie, on ne peut pas toujours se fier à une photo sur ce genre de site de rencontre. La mienne, je l’avais bien choisi, celle d’un acteur américain dans sa jeunesse. Tu me trouvais tellement beau sur cette photo, tu le trouvais tellement beau. Je te regarde inscrire quelque chose dans ton carnet et moi je me dirige dans la direction opposée. Je me nourris de ces premières rencontres à sens unique, je n’ai pas le physique pour t’aborder. Je me sauve te laissant à tes Cirrostratus ou tes Altocumulus, toi seul pourrais me le dire. Moi, je me contenterai d’imaginer des histoires inaccessibles sans pouvoir leur donner une saveur, un nom, une vie.

Mood musical: Islands – Arm/Shearwater – Rooks
Pilosité faciale: 4 jours
Taux d’amabilité: inacessible
Taux de dérision: fibreux

h1

Mon nom

juin 20, 2008

Jour -184

hiver

J’entends le grondement de tes cordes vocales envenimer ton larynx et par le truchement de ta bouche comme caisse de résonance crier mon nom par-delà la rue. Je vois ton visage défait, tes traits tirés. Je vois ton visage défait, tes yeux contaminés. Je constate la pluie, je feins de t’entendre, je fabule un tonnerre.

Il y aurait eu le soleil que j’aurai dû lui inventer un torrent. J’aurais laissé le vent me fabriquer un abri nucléaire pour me protéger de tes apparitions. Ce n’est pas vraiment que je te fuis, il y a que je sublime ta présence de ma proximité. À l’état de vapeur dans mon esprit, tu fais moins de grabuge. J’aimerais t’y déficeler pour que tu redeviennes étrangère.

J’ai cru entendre ta voix de l’autre côté de la rue. C’était pourtant les cloches de l’église Saint-Ambroise qui clamait ton absence. Et la pluie diffusait le tintement de façon à ce qu’il ressemble à mon nom.

Mood musical: Notwist – Where in this world
Pilosité faciale: 3 jours
Taux d’amabilité: inventé
Taux de dérision: diffus

h1

Le Boulanger

juin 18, 2008

Jour -186

Le principal intéressé fut le Boulanger qui n’avait pas encore enfourné son pain au chant du coq. Les pâtisseries de la journée étaient encore à l’état hypothétique quand il ouvrit la radio espérant l’annonce d’une fin du monde imminente. Comme seul réconfort, il eut droit au murmure d’une auditrice qui racontait ses déboires avec les rats qui infestaient le sous-sol de sa maison de campagne. Il pensa à son chat avant d’enduire le comptoir de farine. La radio continua de geindre ses fréquences hertziennes, mais lui ne l’écoutait plus.

Mood musical: The Dears – Lost in the Plot
Pilosité faciale: 11 jours
Taux d’amabilité: enfariné
Taux de dérision: continu

h1

Impact

juin 17, 2008

Jour -187

Je n’ai pas vu de tragédie. Je n’ai pas vu de marée noire, ni d’étangs usés par la pollution urbaine. Je n’ai pas vu de goudron sortir par les pores de ta peau hermétique. Je n’ai pas su lire l’avenir ou le passé en palpant le pouls inégal de tes veines saillantes.

J’ai vu ce que je n’aurais pas dû voir. J’ai vu une contrée hostile aux allures de guerre. Un champ de mines ultrapersonelles. J’ai entendu et j’entends encore le tic tac incessant qui vient des profondeurs de ton inconscient. Une bombe à retardement dissimulé aux confins de ce coffre aux merveilles. Est-ce possible de désamorcer l’inévitable, est-ce possible de se jouer des frontières préétablies par le cerveau humain? Quand tout autour nous prévient de la catastrophe, ne vaut-il pas mieux déserter? Et si seulement je me trompais…

Mood musical: The Dresden Dolls – Coin-Operated Boy
Pilosité faciale: 10 jours
Taux d’amabilité: incertain
Taux de dérision: amorcé