Posts Tagged ‘mots’

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Par delà l’usure des mots

novembre 15, 2009

J’ai substitué le doute d’un chaton noir aux griffes juvéniles.
Son cœur d’éponge dans ma main frelate mon temps.
Je suis né un jour à Kuala Lumpur, l’instant de rien.
Mort-né pour la forme et l’usure des mots.

Il ne me faut jamais plus qu’un sourire.
Je ne sais pas trop pourquoi.
Mes jours se touchent à la manière des années
S’imposent l’évanescent retour du début et de la fin.

J’ai parfois l’impression de tomber
Sans jamais savoir si de la nuit ou du jour…
Sans savoir sur lequel je pourrai compter.
Et si le filet usé pourra malgré tout compenser
L’inégale violence de vivre.

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Le sablier

décembre 14, 2008

Jour -7

Le petit café se remplissait tranquillement. Des restants de nuit voilaient le regard des clients à demi réveillé. Ces esprits, qui par l’écluse des rêves, se frayaient un passage entre l’imaginaire et la réalité. Certains peinaient beaucoup plus que d’autres. Les frontières sont parfois plus périlleuses au retour, quand ce n’est qu’une question de voyage.

J’aurais pu ne rien écrire. Bouder l’infini des mots pour ses nombreuses lacunes, des jours qui doucement se dispersent pour laisser de grands espaces. J’aurais pu me contenter d’ouvrir la porte et me lancer dans le vide. Profiter du soleil de décembre et de ses rayons maladroits. Lorsque les voyages tirent à leur fin, les mots ne coulent plus aussi facilement. Ils s’incrustent dans la chair et restent invisibles sur les parois de ma peau. On pourrait y lire en braille sur le long de mes veines ce qui palpite en moi, le début d’un autre voyage.

Mood musical: Throw Me The Statue – The Happiest Man On This Plane

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Délire récursif

novembre 18, 2008

Jour -33 

Ce ne pouvait être qu’un délire dessiné par quelque chose qui ne dessine pas très bien. Peut-être ma main guidée par nos cerveaux détraqués. Nos cerveaux soufflant sur les phalanges inertes de mes doigts qui ne connaissaient que les mots, de ceux qu’on ne sait pas trop enfiler. De ceux qu’on écrit en souffrant sans savoir si les voiles nous mèneront quelque part, si les folies seront propices à l’éclosion d’un voyage outre-raison. Que dire de ces océans qui nous enclavent l’un et l’autre? Tout près, mais si loin, deux continents.

Je m’évertue à l’évacuer ce « moi et toi » qui respire comme deux poumons à l’intérieur de moi. Je ne cesse de le coucher sur papier pour qu’il me laisse enfin respirer. Cette dualité parfaite en mon corps qui se décuple à l’infini me laissant l’impression d’être la poupée russe originelle. L’unique qui demeurera unique. À moins que celle que j’habite soit si vaste qu’elle se colle aux parois de l’univers et que nous sommes si minuscules qu’elle seule puisse nous savoir l’un pour l’autre. Jusqu’à ce qu’elle se décide à nous expulser violemment toi et moi. Que nos corps se percutent et s’enchâssent dans le nimbe des mots incarnant l’histoire aérienne et utopique d’un être tourmenté.

Mood musical: The New Year – Alter Ego…

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On The Water

août 25, 2008

Jour -118

Il y a des soirs où les mots se doivent de rester enfermés.
Quand tu arrives à me faire goûter le néant,
Quand la consonance de tes silences me fait sentir seul au monde,
Il m’apparaît évident que je me sens mieux accompagné par ma solitude.

Mood musical: The Walkmen – On The Water
Pilosité faciale: 6 jours
Taux d’amabilité: ailleurs
Taux de dérision: solitaire

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Impalpalopathogène

juin 4, 2008

Jour -200

Tu sais que j’arrive beaucoup plus facilement à t’écrire quand j’ai du temps. Quand il me presse le temps, mes mots se bousculent drôlement. Ma folie transpire par tous mes pores. Je parviens moins facilement à raffiner le doute, la crainte et l’angoisse pour en extraire quelque chose de potentiellement éclatant. Tu pourrais m’en vouloir ou t’émouvoir de ma simplicité. Tout est possible.

Ce qui m’affligerait le plus, c’est de créer cycliquement. Devenir un synonyme de moi-même. Recréer à l’infini les quelques mouvements que j’aurais appris par conditionnement. La crainte de pouvoir être remplacé par une machine à sottise. Le fondement de cette obsession découle un peu de ton regard posé sur moi. Une attente grandissante vis-à-vis du peu que je peux t’offrir en ce moment. Quand je t’interpelle, il ne faut pas croire que je m’adresse spécifiquement à la personne que tu es. J’écris à chacun de toi.

Mood musical: Throw Me the Statue – Lolita
Pilosité faciale: 5 jours
Taux d’amabilité: en boucle
Taux de dérision: pyramidal

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Les nuits acides

mai 31, 2008

Jour -204

Il me dit que c’était dans les immenses cuves qu’on y faisait fondre les beaux jours. Celles où la fumée disperse son odorante dégueulasserie sur le bord de certaines routes. Je ne l’écoutais pas vraiment, j’avais le regard ailleurs. Les gouttes glissaient sur le dos de la marquise pour s’effondrer sur la table de la terrasse. Je me demandais quelle proportion d’acidité il aurait encore fallu pour qu’elle fasse fondre la table. Il y eut un temps où l’on en parlait beaucoup des pluies acides. Ce n’était peut-être qu’une mode, comme on voit de moins en moins d’affreuses sandales Crocs calfeutrer nos routes ou tout simplement que ce n’est que ce qui est le plus alarmant qui fait les manchettes. Les changements climatiques ont surement relégué aux oubliettes ces pluies hallucinogènes.

Il cracha dix ans d’amertume devant moi dans un graillon qui semblait décrire son état d’esprit peu jovial. Il en avait refoulé des idées et des désirs dans cette gorge cultivée à la fumée de clope. On pourrait lire l’avenir beaucoup plus facilement dans ce genre de crachat que dans les lignes de la main. Il y avait entre autres cette femme qu’il avait perdue et ces enfants qui l’avaient renié. Des lits improvisés tous aussi inconfortables les uns que les autres. Des repas de ruelles commerciales aux relents de mauvais pourboire. Je me suis mis à l’écouter avec plus d’attention parce que c’est probablement ce que je pouvais lui offrir de mieux.

Il me raconta les nuits froides en mots givrés, les safaris-photos imaginaires dans Hochelaga-Maisonneuve, ses châteaux de papiers journal au parc Lafontaine et ses bains de minuits dans les lacs artificiels quand les gens s’endorment et que les loups silencieux arpentent les parcs. Je ne pus m’empêcher de remarquer dans son visage les affres des nuits acides. À la lumière du jour, je voyais bien qu’il n’était pas seulement en train de vieillir. Il fondait à vu d’œil et j’étais un récipient qui ramassait une minime partie de sa mémoire. Il fondait beaucoup plus vite que les tables de plastique sur la terrasse envahie par les pluies urbaines. Ses jours se comptaient sur les dix doigts du destin et la mort le tenait en joue comme on le ferait avec une proie immobile. Ses mots glissaient en rigole sur le dos des passants imperméables, nourrissants la terre des jardins communautaires.

Mood musical: Radiohead – Fake Plastic Trees
Pilosité faciale: 9 jours
Taux d’amabilité: fondant
Taux de dérision: acide

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Trou noir

mars 24, 2008

Jour -273 

Hier, j’ai laissé un trou noir, un trou vide pareil à une balle fumante qui passerait au travers d’un crâne dans un film de Scorsese. Pour bien des raisons et aucune à la fois. Parce que le printemps arrive et que j’ai envie de me décroiser un peu les bras. De laisser un petit peu de vide çà et là. Un peu de place pour les grands remous, moins pour l’isolement.

Je dis ça, mais j’ai tellement pris goût à écrire quotidiennement que je n’oserai probablement pas en laisser tant que ça, des trous. La plupart de mes textes sentent le renfermé de mon appartement. J’ai hâte d’écrire des mots de plein air, des mots de terrasse. Des mots d’amours? Des mots passants (Maupassant) comme dirait Grand Corps Malade.

On dira ce qu’on voudra, les saisons nous inspirent différemment, mais il est impossible de s’en dissocier. Elle est tout le temps là en fond d’écran la saison, parfois subtile, parfois criante. Demain, je ne parlerai pas du printemps, je ne le mentionnerai même pas. Non demain, il y aura un désert, une chambre de motel et la mort qui se transporte bizarrement de l’un à l’autre.

Mood musical: Feist – 1,2,3,4
Pilosité faciale: 2 jours
Taux d’amabilité: saisonnier
Taux de dérision: imagé