Archive for octobre 2008

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Les trains s’en vont toujours vers l’ouest

octobre 28, 2008

Jour -54

La jupe de Martine collait parfaitement avec le style de rideau dont j’aurais voulu garnir les fenêtres de ma maison de rêve. Son sourire, lui, je l’aurais calfeutré tout autour des fenêtres pour que l’hiver, son souffle chaud me délivre des tourments du givre. C’est un peu pour ça que lorsque je l’ai vu partir avec le train, j’ai eu l’impression que le chemin de fer décousait sa jupe à l’infini (enfin presque) et que je voyais dorénavant ma maison de rêve sans ses fenêtres.

Je recevais des lettres de Martine, au moins une fois par semaine et puis deux par mois… une par mois… une par année (à ma fête). La distance épuisait les mots et aussi tout le reste. Je revois parfois la jupe de Martine portée par d’autres filles, c’est à croire qu’elle ne se démode pas. Je n’ai plus repensé en faire des rideaux, maintenant mon cerveau s’est transformé en astrophysicien et je préfère de loin les voir voler dans tous les sens, les jupes. Tellement que j’en retrouve parfois sur Cassiopée ou Alpha du Centaure, les soirs où les étoiles ne se sentent pas trop farouches.

Pour le train, c’est impossible quand j’en vois un traîner, je revois accroché, sur chacune des fenêtres, le visage de Martine en mouvement, le dernier, celui que mon esprit se borne à ne pas effacer, diffus dans le cadre du moment. J’aurai appris la translation par le fond de ses yeux qui s’éloignent toujours vers l’ouest avant de se noyer dans le Pacifique à chaque fois.

Mood musical: Mount Eerie/Julie Doiron – Lost Wisdom

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Zalingei

octobre 26, 2008

Jour -56

Ces villes qu’on effleure à peine du bout du regard, ces noms qu’on ne saurait prononcer à voix haute, qu’on voile dans un léger chuchotement, dans une navrante impuissance. Ces borborygmes qu’on emprunte à un pays en guerre, qu’on époussette pour d’obscures raisons, un nettoyage ethnique, des punaises de lit. Quand il n’y a pas d’enjeux économiques ou politiques, l’être devient invisible et se fond dans les statistiques.

Il y a l’été, l’automne et le printemps à Khartoum et ses agglomérations satellitaires. C’est pourtant l’hiver à l’année par-dessus cet été, cet automne, ce printemps. De la poussière de neige éternelle qui flotte au-dessus comme un nuage inerte que le vent n’ose pas souffler. Il ne sera pourtant pas question de l’hiver ici et encore moins de Khartoum. Il n’y a rien à y dire… surtout rien à y entendre. IL n’y a jamais eu ce billet ou s’il existe quelque part, il est écrit d’encre invisible, de sang invisible. Ce sang qui ne coagule que lentement. Mélangé au sable, il se transforme en galet de honte. Il n’y aura pas de moral dans ce billet seulement des yeux qui regardent dans la même direction pour que tout ça ne demeure pas invisible. Qu’on se souvienne au moins un peu de cet abécédaire des villes qui ont vu trop de gens mourir pour rien!

Mood musical: Fleet Foxes – He Doesn’t Know Why

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Yambio

octobre 22, 2008

Jour -60

Le cadran sonne. Les lumières s’allument avant même que j’aie le temps de m’habituer à la noirceur; la clarté, elle, s’habitue à moi pendant que je referme les yeux quelques secondes. Dans la cuisine, le café commence à percoler. Les nuages pleuvent d’instinct. La nuit se dissipe. Le jour se pare des mêmes teintes. Mon chat se nourrit, il fait de la cuisine une pataugeoire se servant de son bol d’eau. La télévision se syntonise, j’entends la voix de l’animateur déclarer qu’il n’a rien fait. Je le sais bien, je lui pardonne, elle s’allume d’elle-même, que je lui dis. Pour rien, il ne m’entendra pas. C’est à sens unique ces trucs-là, ma rue aussi elle l’est. Elle se contente de me guider toujours vers le sud. Et le sud, lui, fidèle à ses habitudes, se contente d’exister : invisible, cardinal, invincible.

Je ne fais pas mon lit, il se fait de lui-même, de l’art contemporain, chaque nuit une nouvelle forme. J’ai honte, j’en suis fier, en alternance. Un peu comme mes écrits, en alternance à l’instar des jours de vidanges et les autres, qui se succèdent. Ma tête biodégradable, mon corps antinucléaire, un abri portable. Le cœur bétonné. Mes dents se brossent, le miroir m’épie. La serrure qui fait un bruit d’enfer, l’escalier qui amplifie ma présence. Un cadran sonne encore, celui du voisin. La porte qui se referme derrière moi éternisant son grincement dans une plainte convenue.

Mood musical: Brendan Canning – Snowballs and Icicles

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X?

octobre 22, 2008

Xénophobe.

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Warab

octobre 20, 2008

Jour -62

Tu avais le regard plongé sur l’écran à cristaux liquides démystifiant la luxuriante présence de Stephen Harper qui se répandait dangereusement en de plus en plus de cristaux fluides. Je la voyais, ce jour-là, dans tes yeux la haine que tu pouvais porter contre un homme seulement par les infinies possibilités de forme que pouvait prendre l’arcade de tes sourcils. Ton visage était habité de centaines de poupées vaudou. Ta bouche close retenait les aiguilles à cet instant, mais le déferlement semblait inévitable.

J’ai fait un peu de place afin d’aérer la pièce, j’ai même pensé dépeupler un mur du salon de ses nombreux artefacts artistiques pour mieux l’abattre, mais je me suis souvenu que ce mur donnait sur des voisins un peu déplaisants qu’on aurait dû subir encore plus que maintenant. Je me suis contenté de fortifier les contours de la pièce en empilant fauteuils et chaises, tables et bibliothèques. On se serait cru dans une tranchée mobilière à la frontière d’un « no man’s land » onirique. Il y avait toi contre le Canada tout bleu, celui de Harper aux cheveux poivre et sable bitumineux. Je n’ai pas voulu m’en mêler, c’était entre toi et lui. Je suis allé prendre l’air. Quand j’ai remis les pieds dans l’appartement, quelques heures plus tard, le parti conservateur gisait au grand complet en flaques d’eau à la grandeur du quatre et demi et toi, avec ton regard espiègle, tu y sautais à pieds joints comme Mimi Cracra.

Mood musical: St. Vincent – Now, Now

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V ?

octobre 18, 2008

Jour -64

Ville volage vautrée
Vil vampire, vil vent vrille
Veau, vache, volailles venimeuses
Vieillote vésanie vivotant vulgairement
Ventricules vitriolés, valeureuses valseuses

Vésuve vaginal vilipendé vigoureusement
Véridique vanterie, vaniteuse vengeresse
Voleur vanné vendant vétuste volerie
Vague vague, vague,vague
Vaque! village voilé

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Uwayl

octobre 15, 2008

Jour -67

J’ai déambulé dans les rues tellement longtemps que j’ai vu le bout de la nuit s’échapper graduellement de l’air se déposant en fines particules de rosée sur l’immuable ville endormie. Je t’ai cherché dans les reflets invisibles de mes pensées qui détonaient gravement sur l’ardoise de mon chemin. Ton corps liquide s’épanchait de synapse en synapse dans les méandres de mon cerveau t’imaginant des courbes inatteignables palpées par mes mille mains déshydratées.

Je vais toujours me rappeler le jour où tu t’es immiscé en moi comme de l’azote liquide. Quand tout mon corps s’est enflammé comme l’Antarctique. Tes lèvres contre ma grotte aux nombreux soupirs, celle dont on ose à peine pénétrer l’antichambre de peur de s’y perdre à jamais avalée par un labyrinthe neurasthénique. Une guerrière, tu as bravé les ruines avant de t’enfuir vers d’autres conquêtes. J’ai, à mon grand malheur, toujours eu un faible pour les mercenaires idylliques comme toi qui me font voir le bout de la nuit.

Mood musical: Windsor for the Derby – The Melody of a Fallen Tree