Posts Tagged ‘Voie lactée’

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La Montagne Fragile

septembre 12, 2009

Pourrais-tu me couper en mirepoix la cime des arbres pour qu’on abreuve le ruisseau de délectables ornières forestières? On dégusterait à même la montagne, assis sur notre trône de géants, la forêt vaste et charnue tel un festin de dignitaire. Laissant aux bourrasques le destin de nos chevelures impériales léchant déjà le pourtour des stratus dégourdis. Ceux-ci qui passent sans plaidoyer aux innombrables frontières qu’on s’impose d’ordinaire.

Pourrais-tu m’embrasser brusquement à tel point que je m’imagine englouti par la faille de San Andreas, avalé par tes lèvres tectoniques? Je ne jurerais que par la dégringolade fantastique à l’intérieur de toi, sur mon toboggan envouté, sur les neiges éternelles de ta gorge qui conspire l’envie et l’envie. Telle une lampée de vin, comme la première gorgée de bière, me laissant séduire par l’infini, candide et hardi.

Veux-tu venir avec moi cueillir des pommes ou des poires, tout simplement? S’endormir dans un verger bercé par l’automne qui décuple mes sens d’une drôle de façon. Qui s’empare de nous et projette en notre honneur, sur le retroussis de la Voie lactée, un film de Tarantino.

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L’increvable

novembre 26, 2008

Jour -25

Il y a émeute dans la cour, les chiens s’émeuvent pour rien. De ma fenêtre, je vois madame Bernard tenter de contenir l’enthousiasme de son berger de ville. Pavlovitch qu’il s’appelle, mais madame Bernard s’entête à lui crier sale cabot ou sac à trouille, ce qui ne doit être en rien revalorisant pour un égo de chien de garde. Parfois quand elle m’en parle, elle le baptise en chuchotant tout bas pour que moi seul l’entende « ce maudit increvable ». Elle le chuchote de peur que son vieux puisse entendre de là-haut ou pire que la mort elle-même s’en charge avant l’heure.

C’était le vieux justement qui s’était entiché de cette bête, juste avant sa mort. Du plus loin que je me souvienne, monsieur Bernard lisait Dostoïevski. Du moins, les dix années où je l’ai croisé sur son balcon, il roupillait sur sa chaise, « L’idiot » sur les genoux. Une rumeur dans le quartier veut qu’il fermât les paupières pour la dernière fois le bout du nez pointé sur le dernier mot du premier chapitre. « Fiacre », ce qui n’est pas, à mon avis, le plus joli mot pour reposer en paix.

Quand je me surprends à observer les étoiles du haut de mon balcon, j’imagine Pavlovich attelé à un grand chariot aérien, tournant et retournant à l’envers chacun des nuages abondant la voûte, entre Montréal et Saint-Pétersbourg, dans l’espoir de retrouver ce fameux bâton que monsieur Bernard, en grimpant au ciel, avait lancé par accident de l’autre côté de la Voie lactée.

Mood musical: Okkervil River – Starry Stairs