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L’odeur

juin 1, 2008

Jour -203

Il y avait une odeur terreuse dans l’air comme quand j’étais gamin et que je retournais les grosses roches pour découvrir les insectes et les vers de terre. Il y avait cette odeur de vers de terre dans l’air et une pluie battante qui me coulait le long des joues. Le dépanneur n’était pas très loin, j’allais me chercher une caisse de Griffon Extra Blonde.

J’ai vu que sur les étalages de cigarette, il n’y avait plus aucun paquet. J’ai d’abord pensé à un pillage, j’ai même regardé de tous les côtés pour voir si ce n’était pas un vol à main armée qui était en train de sévir, mais je me suis rappelé la nouvelle loi. Étrangement, ça m’a donné l’envie de fumer une clope. J’ai tout de même résisté à l’envie d’acheter un paquet ou c’était plutôt le fait que je ne puisse plus pointer facilement à la caissière vietnamienne la sorte que je désirais. J’ai pris ma caisse, mon change et je me suis dirigé vers la sortie.

Dans les marches de l’entrée du dépanneur, il y avait des kids en train de fumer à l’abri de la pluie. Je leur ai demandé si je pouvais leur acheter une top. Je me souviens que dans le temps on donnait un vingt-cinq sous symbolique. J’ai pensé qu’avec l’inflation, on devait probablement donner au mois cinquante sous, alors je leur ai donné un dollar. Ils n’ont pas bronché, je crois que c’était suffisant. Le plus petit de la gang m’a prêté son zippo, je me suis alors remémoré l’odeur de butane de mon adolescence. Ma tête a fait le tour de mon ancien quartier en quelques secondes. Une adolescence inflammable aux allures surréalistes. J’ai longé la rue sous les arbres géants qui tamisaient la pluie. Je mélangeais la fumée du tabac à l’odeur terreuse de Rosemont. J’ai eu l’impression que dans l’air la fumée dessinait un visage. Sur le trottoir mouillé, j’ai imaginé ton corps nu, grouillant comme un ver de terre et la pluie étrangère t’emmener à l’orgasme. L’humidité étouffait tes cris dans la nuit. La cigarette s’est éteinte d’elle-même dans un dernier soupir me laissant dans la bouche un goût de plaisir inachevé.

Mood musical: Dodos – The Season
Pilosité faciale: 10 jours
Taux d’amabilité: tabagique
Taux de dérision: terreux

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4 commentaires

  1. À lire ce texte, je me suis tout de suite dit que de prendre une telle marche avec cet homme ne pourrait qu’être un moment d’extase. Simple à souhait, sous cette pluie, entourées de cette fumée et avec cette odeur terreuse que je m’imagine si bien.

    Le billet était plus qu’enivrant après 4 mots, et de par sa finale, il est tout simplement délectable.

    Réduire tes textes à les nommer  »billets » est tout simplement indécent.


  2. À chaque fois que j’arrive ici et que je vois un nouveau texte publié, ça me donne l’impression que quelqu’un vient de me filer un bonbon en douce. Et les meilleurs, ceux dans l’enrobage doré, au caramel et au beurre. Merci! Merci!


  3. @Volage merci vraiment! Je me rends compte que j’ai beaucoup plus de difficultés à répondre aux commentaires que d’écrire. Surtout quand ils sont bien tourné comme ça. Alors, tout simplement, merci!

    @Mlle V J’espère qu’il y aura encore plusieurs bonbons au caramel et au beurre pour le futur! Merci! Dans l’enrobage doré, bien sûr!


  4. Je suis totalement en accord avec volage, tu crées si bien les « images » que j’ai l’impression que ça sent le vert de terre dans mon appart.



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