Archive for mai 2009

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Un trou à travers les branches

mai 31, 2009

J’ai beaucoup dormi et, à mon retour, j’ai retrouvé des fragments de mon sommeil sur le revers des feuilles qui s’effarouchaient dans le vent. J’ai palpé le fond du ciel de mon regard périscopique pour y enchâsser des soupirs dans le vide en mouvement, à travers les branches étrivées.

Je suis collectionneur de bobépines et chacune de celle que je retrouve perdue ici et là, dans mon appartement, servira à bâtir le monument que j’érigerai pour atteindre les paliers célestes. C‘est un travail de longue haleine, d’une vie peut-être, sur lequel je m’acharne à y trouver un sens puisqu’il le faut. Je les fondrai en une seule structure soumise à l’irradiance de tes sourires, à la douceur de tes étreintes brûlantes.

À travers les branches, j’ai esquissé mon itinéraire obéissant aux grands vents et à la profondeur des inconstances humaines. Je n’ai trouvé ce chemin sur aucune carte, dans aucune des villes imaginaires que j’effleure chaque jour dans mes songes éveillés. Si l’on me le demandait, je ne pourrais me rappeler le trajet que j’ai emprunté pour finalement m’assoupir près de toi, blotti contre les parois de ton monde vaste et exaltant. Là où j’arrive à me perdre et à me retrouver, dépossédé de mes angoisses. En apesanteur, loin de tout ce qui existe.

Andrew Bird – Anonanimal

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Réhabilitation (jour 2)

mai 23, 2009

Je vous promets de ne pas trop vous parler de Justine, c’est barbant les histoires de chats. Il est sur le rebord de la fenêtre à dévorer le bleu du ciel de ses petits yeux jaune bille, l’univers pour lui est un cadre de fenêtre. Point. Moi, je feuillette le journal en espérant trouver quelque chose qui sort de l’ordinaire. Quelque chose qui pourrait interrompre le millénaire dans sa course contre la montre ou dériver l’espace-temps d’une nanoseconde. Suis-je un chercheur de trouble? « Il ne faut pas réveiller le chat qui dort », qu’on dit parfois ou « let sleeping dogs lie », dans la langue de Barack Obama. Je sais que tu n’existes pas, mais j’ai tout de même lu ton horoscope ce matin. Ça disait entre autres : « On dit que chacun de nous porte un fou sous son manteau, mais que certains parviennent mieux à le dissimuler. »

Les lilas sont en fleurs, c’est tout ce qui compte. Les lilas sont en fleur et Justine se gratte l’oreille. Désolé, je n’en parle plus. Motus et bouche cousue.

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Genèse

mai 23, 2009

Une jupe qui vole au vent, qui ondule dans l’espace, une chute tourmentée vers le sol. Sur la corde à linge des parties de toi qui s’évadent de leur réalité pour basculer vers l’illusoire. Tout s’aligne et s’incruste dans les méandres de l’invisible, réapparait dans ma tête sous une tout autre forme. Malmené, façonné par les influx nerveux qui s’égarent dans les recoins de mon labyrinthe.

Chaque idée part du même point et chemine de son propre chef dans les plus improbables endroits. Se butte à des impasses, recule et déambule de façon chaotique. Il n’y a pas de linéarité, de ligne directrice. Je médite mes propres pièges, je conspire mes guets-apens. Ce n’est pas une histoire, c’est une bête féroce. Ce n’est pas une histoire, c’est un exutoire.

Les yeux dans ses yeux. Mes yeux dans ses yeux. Tes yeux dans les miens. Le cercle vicieux. Le décor qui se sublime, la fenêtre qui se mélange à l’herbe du parc, le parc lui-même qui se transforme en un raz de marée versicolore. Les violettes enluminent les structures surréalistes. Les corps fusionnent, nos corps s’amalgament. Ce n’est pas une histoire, c’est une tempête. Ce n’est pas une histoire, c’est une partie de moi fondue dans l’imaginaire…

Patrick Watson – Fireweed

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Réhabilitation (jour 1)

mai 16, 2009

Je me réapproprie tranquillement mon espace. Surtout, surtout, ne pas prononcer le mot de quatre lettres. Je me suis procuré un nouveau chat pour me désennuyer et pour lui apprendre des tours. Justine le chat. J’ai découvert que c’était un mâle, mais il s’est habitué à son nom et, en fait, moi j’aime bien ça : Justine le chat. Je trouve que ça coule bien, un peu sinueux sur la langue et ça picote sur le bout quand on prononce la dernière syllabe. Il est encore bébé et quand il court à la poursuite de ses souris bleue, jaune ou rouge, inévitablement, il se heurte au mur dans un trop grand élan d’enthousiasme. Il est un peu comme moi, en ce moment, il n’évalue pas bien son espace, ses limites.

« Devine qui vient souper? » que je lui ai dit à Justine de but en blanc. Dans son incompréhension totale, je lui ai mimé, en gestes de chat, un gros rien du tout. Il n’y a personne qui vient souper, que je lui mimais à Justine. C’est un peu con tout ça que je me disais, mais on se désennuie comme on peut avec un chat. Je n’aimais pas trop les chats avant, je trouvais ça con. Je le trouve un peu con, Justine, mais je m’attache. Je lui ai mis un petit coussin dans le coin de l’appartement, un petit coussin exprès pour les petits chats comme lui. La nuit quand je l’entends ronronner sur son petit coussin dans le coin de l’appartement, je me dis que c’est un peu ça, la vie : ronronner peinard dans son petit coin. C’est un peu con la vie, comme un petit chat qui rentre dans les murs pour rien. C’est un peu con, mais on n’y peut rien. Pas maintenant.

Idlewild – Blame It On The Obvious Ways

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Top 5

mai 16, 2009

Bonjour Lili, voici le top 5 des raisons pourquoi je ne cesse d’écrire sur toi!

5. Je suis fou de toi Lili!
4. Je suis fou de toi Lili!
3. Je suis fou de toi Lili!
2. Je suis fou de toi Lili!
1. Je suis fou…

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Il n’y a pas de Lapin dans cette histoire…

mai 6, 2009

Je me suis introduit dans ton univers. J’ai fissuré le mur invisible et j’ai balancé des pièces qui tombaient parfois sur pile, d’autres fois sur face. Je les ai regardées rouler sur le plancher, de ton côté du mur. Les pièces prenaient formes et je les voyais rouler sur ce plancher dévié par les cafouillis du temps. Je les ai vues se relever, devenir quelque chose, s’approprier un véhicule qui semblait inimaginable de prime abord. Je cite ici quelques exemples en une liste non exhaustive :

1. Un chat, maître en kung-fu.
2. Un nénuphar au beau milieu du couloir dans un petit bassin.
3. Un parapluie, sinon deux dans un porte-parapluies.
4. Un roman incomplet de Dan Brown.
5. Un bol de Jell-O aux framboises.

La liste n’avait aucune utilité, sauf peut-être celle de faire comprendre à qui le veut bien, que tout était possible. J’ai soudainement eu cette crainte Lili. Cette crainte que si je pénétrais ton monde, il en serait ainsi de moi, laissé aux embarras du hasard. Loin de moi, l’idée de penser qu’au contraire tout était en fait entre mes mains. Une fois de ton côté, puisqu’il le fallut, il ne se passa rien de moi. J’étais tout homme, dans la mesure où je l’étais déjà avant.

Il y avait ce miroir, mon visage. Il y avait ce miroir et mon visage imparfait. Tout était possible, alors il y eut mon visage différent. J’aurais aimé rester moi-même, mais aurais-tu voulu de moi Lili? Et il y avait cette porte, mon cerveau qui ressasse toujours les mêmes histoires en un hoquet attendu.

Je suis mon propre Labyrinthe et Lili ma foi, tu en es la sortie.

Animal Collective – Lion in a coma

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Immédiateté

mai 2, 2009

Je suis discrète, mais j’ai le pôle Nord en moi et les changements climatiques me font déborder. Cet effet n’arrive pas souvent, mais quand je te vois c’est un peu comme ça. J’ai l’impression de n’avoir jamais vécu, de n’avoir jamais été gamine, de n’avoir joué qu’avec les corps. Ceux volatils qui ne restent pas, qui me fuient comme si je ne connaissais que l’immédiateté des moments. La profondeur vers le futur et le passé m’est inconnue, sauf que j’arrive à l’imaginer un peu quand tu es à proximité, même si je ne te connais pas, même si je ne t’ai jamais parlé. Je t’ai vu pénétrer cette porte, je t’épiais encore. Ça ne me suffit plus.

Tu as fermé la porte derrière toi et je me suis tout à coup sentie tellement seule. J’ai voulu te suivre pour t’étreindre, ne pas te laisser partir cette fois-ci. La porte close ne semblait pas verrouillée, mais la force d’un vent plus fort que moi semblait vouloir m’empêcher de pénétrer. Étrangement, il y avait sous la porte la lueur du soleil qui me réchauffa les pieds. Par dépit, je me suis rabattue sur la porte adjacente, en espérant qu’elle soit communicante.

C’était une chambre dépouillée d’artifices avec une grande fenêtre qui donnait sur un parc. Sur le rebord de celle-ci, des violettes africaines qui survivaient là, poussées par une volonté propre d’exister, envers et contre tous. Sur la table de chevet, un papier intrigant que je ne pus m’empêcher de lire. C’était un poème étrange sur l’hiver, enfin un extrait. Je te vis par la grande fenêtre et j’eus une envie folle de te l’écrire sur le corps. Je criai par la fenêtre pour que tu m’entendes, pour que tu saches que j’existe. Tu te retournas, et, figé, tu me vis. Les bourgeons n’étaient plus que des souvenirs, les feuilles ornaient fièrement les arbres allumés

Patrick Watson – Tracy’s waters