Archive for août 2008

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Carora

août 31, 2008

Jour -112

Je te baptiserais synonyme du vent quand je vois tes bras s’ouvrir au ciel et que se déploient tes ailes imaginaires. On croirait par moment qu’on a déversé l’essence concentrée du monde dans le fond de tes yeux au point qu’on en fait le tour par ton regard.

Les trottoirs s’estompent dans la noirceur de la journée qui s’éteint maintenant beaucoup trop tôt. Les marcheurs se cambrent involontairement alourdis par le poids du soir ou de l’illusion qu’il traine. J’étire les millilitres de ma scotch ale pour lui donner des allures d’infinité pendant que j’inventorie toutes les possibilités d’exister, sans écarter celle qui me permettrait un jour de voyager encore une fois au plus profond de toi.

Les trottoirs s’estompent encore plus et la nuit s’immisce par les pores de ma peau étreignant l’insatiabilité de mes désirs utopiques.

Mood musical: Animal Collective – Fireworks

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Babanusah

août 29, 2008

Jour -114

On s’encre du mieux qu’on le peut aux revers des choses, aux millimètres saisissables de notre existence. Sinon, c’est l’aspiration immédiate et irrémédiable vers cette saleté de gouffre qu’on appelle l’oubli, l’œuvre inachevée.

Babanusah, j’ai tenté de t’imaginer dans la perspective qu’on peut se faire des choses ou des gens dont on ne connaît que le nom. On pourrait le répéter mille fois, à voix haute ou dans sa tête. Palper ses syllabes, les murmurer, les asperger d’eau de Cologne, l’épicer au goût du jour, le colorer aux allures réversibles du Verlan. Pourtant, jamais on ne pourrait miser juste sur l’apparence ou la forme que prennent le véritable sujet, sinon seulement quelques petites ressemblances laissées à la discrétion du hasard. Il y avait bien trois A et des consonnes un peu malhabiles sortis de ma bouche dans ton prénom. Je n’ai pas vraiment compris comment il a pu s’adosser à mon destin ce nom, cette poésie toponymique.

J’ai écrit sur la lettre « déménagée » sans même savoir si tu avais déjà vécu ici ou si tu prévoyais y emménager un jour, sans qu’on m’avertisse. Vivre à mon adresse, pendant que j’ai le dos tourné. Je pourrais te faire une place dans mon lit, car il est libre d’un côté, il faudrait s’entendre sur lequel, pour ne pas s’enfarger dans les ambiguïtés et que tu t’installes seulement après que je me sois assoupi et que tu quittes avant mon réveil. Ce n’est pas énormément grand, je m’imagine mal où tu pourrais y ranger un aéroport, à la limite un petit désert dans mon bureau qui pourrait se confondre avec la litière du chat. Babanusah, tu n’es qu’un nom dactylographié sur une lettre et je t’installe déjà dans mes draps. Va savoir si demain je ne m’imaginerai pas te faire l’amour, mais il est un peu trop tôt pour aborder ce sujet. Jamais le premier soir que j’ai lu quelque part et si c’est écrit, comme on dit, c’est vrai. C’est déstabilisant ce que peut faire la force de l’imagination, à quel point on peut se faire des idées de l’inconnu.

Mood musical: Andrew Bird – Imitosis

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Atbara

août 27, 2008

Jour -116

Je me suis réveillé ce matin comme on nait. Propulsé hors d’un fœtus métaphysique et passant au travers de canaux humides et filandreux. De tout mon être, je fus dérangé par des pensées nauséabondes qui refluaient de mon esprit et me hantaient convulsivement pendant que je me traversais moi-même dans les profondeurs de mon utérus cérébral.

Tâchant de faire comme si de rien n’était, je me rendis subtilement au boulot. Rendu là, je ne parcourus que quelques mètres avant que mon supérieur me somme de retourner d’où je venais, m’intimant l’ordre de désapprendre sur-le-champ tout ce que je savais et de faire une croix sur ce que j’avais toujours voulu savoir. On ne voulait pas me revoir avant que j’aie désamorcé l’entièreté de mon existence, s’il m’était impossible par la force des choses d’aller encore plus loin.

Une voix dans ma tête me rebaptisa Atbara avant que je ne me souvienne de rien ou si peu de choses. Atbara la toute neuve qui n’était que l’embryon de mes espérances. Je n’avais jamais cru m’enchevêtrer au Nil et encore moins frôler l’Afrique. Cette idée pourtant ne pouvait être que bêtement métaphorique. Sa vraie nature n’étant qu’un nom tout simplement.

Des gens sont entrés dans mon coqueron, on m’a enfilé un pyjama, rasé les cheveux, décollé la barbe. Je me suis roulé par terre. J’ai gloussé des « ah ! », des « oh ! ». J’ai pleuré un peu, en silence, car je n’avais pas encore désappris l’orgueil. La poussière roula sur mon dos, en mouton, jurant sur ma peau frêle avant de valser dans l’air juste un peu au-dessus du niveau du sol pour finalement trouver refuge dans un recoin tranquille afin de se dérober sournoisement aux regards intéressés.

Mood musical: Caspian – Book Nine

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On The Water

août 25, 2008

Jour -118

Il y a des soirs où les mots se doivent de rester enfermés.
Quand tu arrives à me faire goûter le néant,
Quand la consonance de tes silences me fait sentir seul au monde,
Il m’apparaît évident que je me sens mieux accompagné par ma solitude.

Mood musical: The Walkmen – On The Water
Pilosité faciale: 6 jours
Taux d’amabilité: ailleurs
Taux de dérision: solitaire

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Dernière Chronique du Parc Molson

août 23, 2008

Jour -120

La Chine se refermera comme une huitre et l’on fera tomber les décors majestueux pour laisser place aux façades des usines à champions qui au-delà dans le ciel transpireront leur smog athlétique de sueur et de chair calcinée.

On fera fondre les médailles d’or pour ériger une statuette unique au centre de la place Tian’anmen. Pour camoufler les traces de chars d’assaut voilées par le temps et l’oubli. Ancrée dans le sol, hantant sans remords les dalles silencieuses. On ne se gênera pas pour repeindre l’Histoire comme on le ferait avec son salon. Quelle nation ne l’a jamais fait de toute façon?

Pendant ce temps, on attèle les chevaux pour les faire tourner autour d’un quadrilatère urbain. Le parc Molson est à la fête et j’en profite pour refermer l’écran de mon portable, sur son visage vert, pour une dernière fois laissant au parc son inspiration propre. Vous laissant à vous, lecteurs, comme seul fin la noirceur de mon portable rabattu et honteusement un peu des vapeurs de fientes chevalines qui embaument la ville d’une odeur anachronique.

Mood musical: The Faint – Geek Were Right
Pilosité faciale: 10 jours
Taux d’amabilité: observateur
Taux de dérision: anachronique

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Mon voisin

août 20, 2008

Jour -123

Il n’y a pas de musique ce soir pour m’inspirer, sauf celle du vent et de la scie mécanique de mon voisin qui s’amuse à mettre son immeuble en pièces détachées. Il a le droit après tout, il est propriétaire. Seulement qu’en pièces détachées, un triplex ça prend beaucoup plus d’espace qu’à l’habitude. Il s’éparpille un peu partout, il étale sans gêne tout son avoir hypothécable. Il est peut-être à la fois propriétaire du quartier. On ne sait jamais ce qui se trame la nuit pendant que nous dormons. Les revendeurs vendent peut-être des quartiers entre deux grammes de poudre pour rentabiliser leurs quarts. Se foutant bien de « quoi » appartient à « qui » ou vice versa. Qui sait? Est-ce possible?

Le plus étrange étant qu’on a soi-disant retrouvé sa cuvette dans l’allée des produits ménagers de mon épicerie. C’est quand madame B. s’est présentée à la caisse avec ladite chose qu’on s’est rendu compte de la situation et qu’on a dû lui expliquer que ce n’était pas à vendre par la même occasion. Tous ceux qui connaissent moindrement madame B. savent qu’on n’est pas sortie du bois quand il s’agit de lui expliquer ce genre de chose. Que ce n’était pas déposé sur un étalage, qu’il n’y avait pas de prix sur l’objet, qu’elle ferait mieux d’aller voir à la quincaillerie. C’était la même histoire quand le concierge a laissé traîner son seau et sa vadrouille à plancher la semaine dernière. Le gérant a finalement réussi à la convaincre de laisser tomber la cuvette pour une réduction de 50 % sur sa bouteille de faux scotch à base de malt. C’est bien sûr mon voisin qui devra endosser les coûts s’il ne veut pas être amputé d’une cuvette pour sa salle de bain. Ce ne sera surement pas un problème parce que dans la mesure où il a les moyens de rénover en pièce détachée, il n’y a aucun doute qu’il peut assumer les frais d’une demi-bouteille de bibine maltée.

N’empêche que je trouve qu’il se donne beaucoup de mal pour tenter de rapatrier une pièce du deuxième pour le greffer au troisième. Le voisinage a tenté de lui expliquer que nécessairement ça allait dépasser par un quelconque endroit, que ce ne serait pas esthétique. Rien à faire. Il ne veut rien entendre. C’est un professeur de sciences physiques à la retraite. Il dit qu’en jouant avec les courbes on finit toujours par faire des miracles. J’arrive à y croire quand je repense aux tiennes, mais ça, je ne lui ai pas dit. Je me suis contenté d’imager ses explications dans ma tête. C’est un peu pour ça que ton téléphone sonne en ce moment… Crois-tu que c’est ce qu’on pourrait appeler de la causalité créative ?

Mood musical: —
Pilosité faciale: 7 jours
Taux d’amabilité: créative
Taux de dérision: absurde

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(Fausse) Chronique du parc Molson #3.1416

août 18, 2008

Jour -125

«Montréal, tel un lit géant qui grince à la cadence de nos délires synthétiques.»

Dans les échos, dans les décharges électriques que le ciel nous impose, je me suis réapproprié nos délires. J’ai suivi le parcours, le chemin du parc plusieurs fois pour retrouver les indiscutables indices. J’ai cherché le mystère de nos hécatombes, de chacune de nos peaux meurtries que nous avons laissées derrière. J’ai tout enfoui dans la brèche. J’ai tout nettoyé pour qu’il ne reste aucune trace de nos insouciantes rêveries, de nos envolées génésiques.

«C’est un parc soumis à nos moindres désirs.»

J’étais seul dans le parc, dans le déluge. La pluie tombait sur la statue à grands coups de clapotis métallisés, pendant que j’enfouissais notre univers et tout ce qui lui ressemblait. En relisant tous les mots que tu ne m’avais pas écrits, je me suis rendu compte qu’au bilan il n’y avait rien de tangible, une suite de sentiments ambigus qui avec le temps se refroidissent et se glacent avant d’éclater en minuscule rien du tout.

«Il respire fort pourtant, je l’entends. C’est à la limite du ronflement. Celui qui débute et qui s’étouffe dans le silence.»

Et pendant qu’il dort, je m’enfuirai en silence. La tête vide et le cœur exalté de tous les possibles.

Mood musical: Octopus Project – Music Is Hapiness
Pilosité faciale: 5 jours
Taux d’amabilité: déphasé
Taux de dérision: π