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Les particules élémentaires

novembre 29, 2009

Je ne revisite plus le passé de la même manière. Avec le temps qui passe, j’enlève quelques traits sur les esquisses de ma mémoire. Voudrais-tu me lire mon horoscope encore une fois, que je n’écoute pas, que je me concentre sur le galbe des sons, sur la fugacité du timbre de ta voix? Je préfère le réconfort de l’inaudible à la signification incisive des astres.

Il y a Bob Dylan dans le fond de l’air qui déplace la poussière et je me rends compte que j’aime quand les sons se marient à la matière; qu’ils s’épuisent et se déposent un peu partout sur le dessus des choses. J’ai dans la tête la poussière des années, l’infatigable musique des autres.

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Par delà l’usure des mots

novembre 15, 2009

J’ai substitué le doute d’un chaton noir aux griffes juvéniles.
Son cœur d’éponge dans ma main frelate mon temps.
Je suis né un jour à Kuala Lumpur, l’instant de rien.
Mort-né pour la forme et l’usure des mots.

Il ne me faut jamais plus qu’un sourire.
Je ne sais pas trop pourquoi.
Mes jours se touchent à la manière des années
S’imposent l’évanescent retour du début et de la fin.

J’ai parfois l’impression de tomber
Sans jamais savoir si de la nuit ou du jour…
Sans savoir sur lequel je pourrai compter.
Et si le filet usé pourra malgré tout compenser
L’inégale violence de vivre.

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Le (doux) mois des morts(-vivants)

novembre 8, 2009

J’ai regardé par la fenêtre, le ciel bleu tiraillait les branches nues pour s’imposer à ma rétine. Le soleil était là, quelque part, hors de mon champ de vision. Le cadre d’une fenêtre nous impose souvent, par sa position, une image redondante de la vie. Il y avait novembre qui s’imposait lui aussi de par ses doigts froids et rachitiques. Ce novembre qui nous étrangle et nous fait perdre le souffle, qui nous écrase très près du sol et nous restreint de lumière.

Des parties de toi étaient disséminées aux quatre coins de l’appartement comme si la nuit avait été un champ de mines. J’ai fait du café, repensé à la position des astres pour m’orienter dans cette nouvelle réalité. J’ai bu du café, rassemblé les lambeaux de ton souvenir pour me faire une image de toi quasi présente. Il n’y a plus de doute, il y a dans ton absence un parfum d’impatience; le parfum du retour.

Quand je n’ai plus eu de café, je suis allé affronter novembre avec dans le revers de mes habits l’étreinte du souvenir. Il n’avait rien de menaçant, sinon l’écho d’un hiver dans son vent barbelé. J’ai vu dans le Soleil qui tombait à vu d’œil : le sentiment de chute libre, l’excitation de l’inconnu, l’étourdissant retour des possibles. J’ai fracassé ma boule de cristal sur les murs du hasard, j’ai laissé les morceaux incruster ma chair. J’ai souri pour tout et rien (surtout rien), humant dans l’air frais de Montréal la certitude de ton retour.

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La raison pour laquelle je n’ai jamais terminé le Colonel Chabert…

octobre 11, 2009

Il naquit quelque part dans une banlieue tranquille. Une banlieue de « je ne sais où », peut-être de Paris, peut-être pas. Il avait lu, dans ses années fertiles, le colonel Chabert de Balzac et n’en avait retiré aucun plaisir. Il aimait pourtant les mots et disait que ça ne pouvait être aussi pire que ce qu’on lui avait raconté. C’est à partir de ce moment qu’il se mit à faire confiance aux gens. Le Colonel Chabert l’avait profondément ennuyé et il ne se cachait pas pour le crier sur les toits. Sa mère, n’en pouvant plus de l’entendre pester contre ce livre le mit dans un pensionnat quelque part en Amérique du Sud, au Chili ou en Argentine. Pendant cette époque de grandes solitudes, loin de ses proches et de sa langue maternelle, il se mit à écrire jusqu’à en avoir les doigts aux sangs. Il ne voulait absolument pas perdre un mot de ce qu’il considérait comme sa faculté la plus précieuse. Il écrivit donc « son petit dictionnaire des mots sous-utilisés » et cette œuvre, le rendu célèbre dans le monde entier.

On serait porté à croire qu’il vécut heureux, mais non, les événements qui suivirent sa lecture du colonel Chabert ne s’estompèrent jamais de sa mémoire et il sombra, malgré sa grande popularité, dans un alcoolisme insurmontable. Ce n’était pas rare qu’on le retrouvât dans une ruelle de Buenos Aires ou de Santiago, bouteille de Bourbon entre les jambes, dictionnaire des synonymes glissé dans le revers de ses pantalons, les Fleurs du mal de Baudelaire dans sa poche de chemise et un nécessaire à couture dans sa poche secrète de veston. On disait qu’il aimait bien coudre quand il avait « un petit verre dans le nez ». Qui aurait pu lui en vouloir, ses excentricités n’auraient jamais pu faire ombrage à son génie. Comme bien d’autre, il ne put se résigner à autant d’attention populaire. Un matin, il prit l’avion pour un voyage qui n’avait vraisemblablement rien d’un aller-retour. Il mourut quelque part dans une banlieue tranquille. Une banlieue de « je ne sais où », peut-être de Paris, peut-être pas. Balzac aura eu raison de ses belles années, la bouteille des autres.

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Les nuits effritées

octobre 3, 2009

Déporte-moi sur l‘archipel que creuse ton souffle irrégulier dans l’invisible contrée de tes soupirs. Je ne veux pas vieillir tout de suite, demain peut-être un peu. J’écrirai des phrases complètes d’homme sage, mais avant je veux m’enivrer de petits éclats d’exaltation. Je désire charpenter les nuages, me tremper dans le pourpre bleu du ciel à l’aurore au moment de la marée quand le cosmos recrache tranquillement, un à un, ses corps célestes. Ta nef s’élève, vogue comme la dernière rescapée de l’univers. Tes seins m’électrocutent, tes mains me déchargent, ton regard me déleste du doute d’exister.

Je m’attarde toujours au pourtour de tes nuées quand dans ton ombre je m’évade au plus gris violacé de la nuit, mélangeant des couleurs qui ne s’exhibent nulle part ailleurs. J’abrite en moi le reflet de ton astre dans le miroir de l’intangible. J’effrite les nuits saupoudrant un peu de poussière de toi sur l’immortalité de mes souvenirs.

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La Montagne Fragile

septembre 12, 2009

Pourrais-tu me couper en mirepoix la cime des arbres pour qu’on abreuve le ruisseau de délectables ornières forestières? On dégusterait à même la montagne, assis sur notre trône de géants, la forêt vaste et charnue tel un festin de dignitaire. Laissant aux bourrasques le destin de nos chevelures impériales léchant déjà le pourtour des stratus dégourdis. Ceux-ci qui passent sans plaidoyer aux innombrables frontières qu’on s’impose d’ordinaire.

Pourrais-tu m’embrasser brusquement à tel point que je m’imagine englouti par la faille de San Andreas, avalé par tes lèvres tectoniques? Je ne jurerais que par la dégringolade fantastique à l’intérieur de toi, sur mon toboggan envouté, sur les neiges éternelles de ta gorge qui conspire l’envie et l’envie. Telle une lampée de vin, comme la première gorgée de bière, me laissant séduire par l’infini, candide et hardi.

Veux-tu venir avec moi cueillir des pommes ou des poires, tout simplement? S’endormir dans un verger bercé par l’automne qui décuple mes sens d’une drôle de façon. Qui s’empare de nous et projette en notre honneur, sur le retroussis de la Voie lactée, un film de Tarantino.

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Les nuits effilées

septembre 6, 2009

J’ai cru en regardant l’horloge qu’il y avait des heures impossibles incrustées sous la chair numérale, entre les heures normales qu’on voit d’un coup d’œil. Des heures qu’on entend, mais qu’on ne voit jamais, qu’on ne saisit pas comme les borborygmes provenant de ton abdomen pendant ton sommeil. Pourtant, ça n’existe pas, ces choses-là, sinon dans les couloirs étanches de tes rêves où j’arrive à m’immiscer en m’accrochant solidement à ton lobe d’oreille, me recroquevillant juste assez pour me faire petit comme un bruit sourd. Je longe ton labyrinthe jusqu’à ce que j’arrive quelque part. Là, j’atteins au vol des rêves où je ne devrais pas apparaître. J’interromps le cours de tes songes.

Je leur impose des heures impossibles, mais tout au moins agréables. C’est alors que je réalise la fibre et l’ampleur de ton imaginaire. Étendu près de toi, j’écoute les dernières paroles inintelligibles de tes rêves avant de m’endormir pour de bon.