Archive for décembre 2008

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Points de suspension

décembre 21, 2008

Jour 0

Ce matin-là, il me vint à l’esprit d’engendrer une quelconque suite logique qui permettrait de matérialiser mes angoisses, mon bonheur… et mon imaginaire. J’avais défini mon arrivée comme une ligne entre un point de départ et un point d’arrivée, mais je me rends bien compte que les mots ne se contentent pas d’une existence linéaire, ils explosent dans tous les sens, pour le meilleur bien sûr. Pour nous laisser le loisir de rêver un peu. J’espère vous avoir fait voyager et j’espère vous faire voyager encore dans le futur. Pour l’instant, je prends un peu de temps dans l’ombre… laisser mijoter des trucs « post-Khartoum ». Ce monde un peu étrange se voulait un exercice de style plus qu’un projet aboutit, mais ça vous vous en étiez surement déjà rendu compte.

Je reviendrai probablement sous une forme ou sous une autre. Le futur est imprévisible, par chance puisque c’est ça qui nous garde en vie, du moins qui me garde en vie. Pour ce dernier billet (pour le moment), j’aimerais bien connaître votre coup de cœur, si un texte vous a marqué plus que les autres. Ce qui pourrait être intéressant si un humain ou toute autre forme de vie intelligente venait à passer par l’Hiver à Khartoum. Quelques points de repère comme une carte géographique de vos goûts. Je les ajouterai surement ici à la fin de ce billet. Vous seriez vraiment gentil.

Pour ce qui est de ces 30 ans, ils sont beaucoup moins traumatisants que je l’imaginais, mes crêpes aux asperges et fromages avaient le même bon goût ce matin, le café n’était pas plus faible ni plus fort. Les gens que j’aime continuent de bien me le rendre. L’Hiver arrive ce matin en même temps que ma fête pour me rappeler que nous sommes si loin de Khartoum, que mon pays c’est l’Hiver.

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L’étoffe

décembre 17, 2008

Jour -4

« Je rêve tout le temps aux vaisseaux des vingt ans, depuis qu’ils ont sombré dans la mer des Étoiles » (Nelligan)
Réjean Ducharme, L’avalée des avalés

Tous ces visages dissimulés en filigrane sur l’étoffe de ma vingtaine, que je replie et que je range minutieusement dans le tiroir voisin de ma jeunesse. Ces années à voiles hissées au mât de mes aspirations, ces années lumières que j’ai touchées à peine du bout des doigts.

Je lis entre les lignes de l’asphalte ce que la route me réserve. Je lis dans les crevasses sur ton dos, le soleil qui brille sur ta peau de glace, tes lèvres de givres qui ne me soufflent mots. Je tends l’oreille, je ne m’émeus pas trop, mais surtout pas trop vite. J’aspire de toutes mes forces à un monde meilleur tellement naturellement que j’en avale mes joues, que j’en recrache les braises, celles des jours tristes. Et j’attends.

Je n’attendrai plus, je ne ferai plus la ligne, je sauterai par-dessus les barrières, je n’éviterai plus les ouragans, je me baladerai dans les zones de haute tension et je jonglerai avec des pistaches au poivre noir concassé (seulement pour impressionner les filles), j’éclabousserai la nuit de mes délires intempestifs, je volerai aux riches pour redonner à qui le veut bien et de force s’il le faut, j’apporterai mon vin et nous boirons ensemble tout ce qui ne s’écrit pas.

Mood musical: Deerhunter – Nothing Ever Happened

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Le sablier

décembre 14, 2008

Jour -7

Le petit café se remplissait tranquillement. Des restants de nuit voilaient le regard des clients à demi réveillé. Ces esprits, qui par l’écluse des rêves, se frayaient un passage entre l’imaginaire et la réalité. Certains peinaient beaucoup plus que d’autres. Les frontières sont parfois plus périlleuses au retour, quand ce n’est qu’une question de voyage.

J’aurais pu ne rien écrire. Bouder l’infini des mots pour ses nombreuses lacunes, des jours qui doucement se dispersent pour laisser de grands espaces. J’aurais pu me contenter d’ouvrir la porte et me lancer dans le vide. Profiter du soleil de décembre et de ses rayons maladroits. Lorsque les voyages tirent à leur fin, les mots ne coulent plus aussi facilement. Ils s’incrustent dans la chair et restent invisibles sur les parois de ma peau. On pourrait y lire en braille sur le long de mes veines ce qui palpite en moi, le début d’un autre voyage.

Mood musical: Throw Me The Statue – The Happiest Man On This Plane

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Scaphandre

décembre 10, 2008

Jour -11

J’ai revu le vieil homme marcher pieds nus dans la neige ce soir. « Le vieil homme et la neige » que je m’amuse à dire quand il passe sur Bellechasse dès la première bordée de l’hiver. La folie s’empare de lui à ce moment-ci de l’année habituellement et l’on ne le revoit plus avant Pâques, cloitré quelque part dans son propre corps. Je ne sais pas vraiment qui il est, mais bien des gens s’accordent pour dire que l’été lui rend la raison et personne, à ce moment, ne pourrait se douter qu’on le reverrait trottiner mollement dans la neige encore à moitié nu, l’hiver d’après. Comme quoi les apparences sont souvent trompeuses. Dans tous les sens bien sûr, dans tous les sens.

L’hibernation de l’esprit, est-ce possible? Pourrait-on se donner rendez-vous à soi-même quelque part dans le temps? Le cœur au ralenti, le temps filiforme qui englobe le corps de masers narcotique. Serions-nous notre propre machine à voyager dans le temps?

Mood musical: Wilco – Poor Places

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Dormir

décembre 8, 2008

Jour -13

Dormir,
Dormir,
Dormir!

Se réveiller dans le but d’écrire parce que ça fait longtemps, mais sans grand succès. La vie est courte. Elle nous ramènera tout de même des lots de bonnes idées. Dans un futur rapproché, du moins, on le souhaite rapproché, pas maintenant, non vraiment pas maintenant. Se rendormir et sombrer, sans se douter que demain sera une tarte aux pommes. Littéralement!

Mood musical: Annimal Collective – Winters Love

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L’orchestre

décembre 4, 2008

Jour -17

L’orchestre enfoui en ton ventre s’est mis à plagier les sons et les vibrations de la symphonie inachevée. Les violoncellistes ont commencé à trasher en débile, les archets volant d’un bord et de l’autre à la manière de coups de sabre de ces pirates mal élevés (en existent-t-ils d’autres?). Le rhum coulait à flot dans ton estomac, mais tu n’en avais pas pris une goutte. On y comptait même des femmes un peu vulgaires qui se tapaient ces hommes. Finalement, du rhum, des femmes, et des violoncellistes siégeaient en toi. Il faisait froid, tu épluchais tes carottes en te collant le plus possible au calorifère qui se plaignait en faisant des « tocs » et des « tocs ». Ce n’était pas atrocement horrible ni horriblement atroce, mais à chaque « toc » tu te demandais, pourquoi ce bruit? Jamais ton cerveau n’aurait pu te répondre puisque c’est rare qu’on se cultive sur ce genre de son que font les choses. Au mieux, tu aurais pu appeler Hydro-Québec. Ils t’auraient probablement répondu vaguement en te parlant des contingences de l’électricité.

Tu t’imaginais déjà manger tes carottes avec ton boeuf Stroganoff, pourtant tu n’avais pas de bœuf. Tu ne le savais pas encore, toutefois, ce que tu allais manger ce soir allait être du thon Stroganoff. Tu te foutais bien qu’aucun chef n’aurait approuvé ce remaniement créatif. La magie de Noël t’épiait par la fenêtre, la morve au nez, te suppliant de la laisser entrer. Demain peut-être. Les lumières multicolores sommeillaient dans le fond de ton placard sous une pile de linge sale.

Mood musical: Pawa Up First – Anthem

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Lampe portable ou mémoire insécable

décembre 3, 2008

Jour -19

« I’m no fucking buddist… »
Bjork

Je suis en train d’entamer le roman que Marie ne m’a jamais prêté finalement. Ça fait si longtemps, mais en même temps, pas vraiment. Je n’y avais même pas pensé lors de l’achat, c’est seulement en lisant les citations en introduction que ce flash m’est revenu.

Qu’est ce que les gens deviennent quand ils cessent de cohabiter avec notre quotidien, qu’ils deviennent des souvenirs épars? Tant qu’ils hantent les couloirs encéphaliques étroits de notre crâne, ils peuvent ressurgir à tout moment. Cependant, cette mémoire intérieure se charge de faire émerger ce que nous sommes en mesure d’assimiler, de coller au hasard de nos gestes.

Je me rappelle pourtant d’événements qui ne devraient pas me marquer. Facebook ou Internet en général viendraient-ils brouiller les cartes de cette mémoire qui nous appartient? Cette mémoire étendue extériorisée à la vue de tous, nous rappelant chaque jour ce que telle personne a fait ou fera de sa journée. Peu importe la nature infime de cette information, elle vient engranger des mécanismes d’amplification mémorielle qui me ramènent à d’autres souvenirs plus enfouis; ou peut-être suis-je fou?

Peut-être qu’un jour, longtemps après que je me serai éteint, on retrouvera des fresques banales de mon passé. On lira que Marie ne m’a jamais prêté ce bouquin, sans se douter de quel bouquin ni de quelle Marie. Pourrait-elle n’avoir même jamais existé?