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Beau temps, Mauvais temps

juin 9, 2008

Jour -195

hiver

J’ai ouvert la porte et, du balcon mitoyen qui donne sur la rue, j’ai essayé de repérer l’endroit où j’avais stationné mon véhicule, la veille. Pas trop loin. De l’autre côté de la rue. Le matin était déjà humide, une odeur de toast mouillé planait dans l’air. Des filets de beurre d’arachides dégoulinaient des gouttières et la confiture perlait sur le dos des parebrises que les conducteurs, fraîchement sortis du lit, tentaient de faire disparaître d’un coup d’essuie-glace, mais sans succès. Il en a fallu de peu qu’un écureuil excentrique me fasse une jambette. Le petit sciuridé, planqué chaque matin au même endroit, profitait de la distraction matinale de ses nombreux travailleurs pressés. Les mains dans les poches sifflotant comme un pinceau, ne faisant semblant de rien. Il en était bien à quelques centaines de victimes depuis le début de juin. Je n’en étais pas une.

J’ai démarré, pris à gauche sur Rosemont, ensuite, à droite sur Papineau. Je l’ai longé d’un bout à l’autre, je l’ai descendu cul sec parce que j’étais pressé. Je n’ai même pas eu le temps de voir si la femme au parapluie nourrissait les papillons ce matin sur le rebord du parc Lafontaine. Ce n’est pas joli du tout, elle les nourrit pour mieux les engraisser la vipère. Elle les cuisine de la plus grasse façon avec du gras de morpion. Ça lui donne un beau teint à ce qu’il parait. Je lui ai souhaité la pire des indigestions.

Aux abords du pont Jacques Cartier, je me suis souvenu des feux d’artifice. J’ai vu la Ronde et le Goliath. J’ai pensé à ces histoires de fous. Le genre de fou qui s’arrêterait en plein milieu du pont pour manifester sa lassitude, crier haut et fort qu’il est à bout de souffle de traverser les ponts chaque matin. Je l’imaginais déjà improviser la danse de la pluie sur un des piliers verts du géant d’acier. J’ai tout juste eu le temps de voir arriver la Rive-Sud dans mon angle mort. Elle m’a englouti de son énorme gosier. Je voyais l’île dans mon rétroviseur rétrécir à vue d’œil. La bouche refermait derrière moi ses dents jaunies par le café matinal des heureux travailleurs infusé à même l’eau du Fleuve Saint-Laurent.

Mood musical: Books – Smells Like Contents
Pilosité faciale: 9 jours
Taux d’amabilité: infusé
Taux de dérision: Polatouche

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5 commentaires

  1. Le jour se lève parfois chargé d’une lourde peine,
    comme si par le passé un choix funeste nous avait égaré de la raison.
    Pourquoi ? Pourquoi ? j’ai choisi d’être esclave de cette croyance ? N’est-ce pas un peu un conditionnement à croire que le meilleur des monde est le meilleur des mondes et qu’il doit tenir sur mes épaules aussi ?


  2. Ma-gni-fi-que! Tes jeux de mots sont savoureux!


  3. Tout ne tient qu’à un seul mot… Goliath!! 😀


  4. @Isa C’était juste pour toi le Goliath!;)

    @Ensevelie 🙂

    @Temps ça porte à réflexion…


  5. J’espère que c’était juste pour moi… je ne te permet pas de partager le goliath avec une autre pffff 😉



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