Archive for avril 2008

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Le mardi les chatons gris

avril 29, 2008

Jour -237

Parfois, on préfère le faire frire. D’autres fois, on le plonge dans l’huile pour le déguster en salade.

« Vous n’aimez pas les Calaaamaaaaaars! », nous dit-il d’une voix inexpressive, mais juste. Exactement les bonnes octaves pour paraître franchement chiant.

Pourtant, j’adore les calmars. C’est à toi qu’il parlait, il me semble, voyant ton visage totalement épouvanté à la vue des petits tentacules. J’ai encore sa voix en écho dans ma tête. Il y a de ça au moins trois ou quatre ans. Je n’arrive pas à oublier cette phrase, mais surtout le ton. J’aurais tellement voulu l’enregistrer. Te souviens-tu si on lui avait laissé un bon pourboire?

Mood musical: 65daysofstatic – This Cat is a Landmine
Pilosité faciale: 6 jours
Taux d’amabilité: tentaculaire
Taux de dérision: absolu

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Le vide et l’agonie

avril 28, 2008

Jour -238

Toi, personnage insaisissable qui est l’unique femme et toutes les autres à la fois.
Aujourd’hui, je te délaisserai pour ne parler que du vide et de l’agonie. Non pas que je me sente mal, bien au contraire. C’est une question de cycle, je suis un être extrêmement cyclique, on peut me lire comme on lit l’astrologie. Comme l’astrologie, on me lirait sans trop se préoccuper parce que ce n’est jamais vrai ce qu’on y dit. Parfois, on tombe pile, on n’est pas tant surpris, on regarde l’image de la balance ou du scorpion. On rit un peu de cette fourberie. On ne pleure jamais pour ça, jamais.

L’agonie, disais-je. Je ne me souviens plus vraiment pourquoi, probablement que je voulais rendre le tout un peu dérangeant. En fait, j’avais envie de parler d’agonie, par contre je n’ai pas trouvé par où commencer, par où aborder le sujet. C’est délicat, c’est souffrant et je n’ai pas, à dire vrai, envie de souffrir aujourd’hui. Je pourrais le tolérer un tout petit peu comme chaque jour nous le fait ressentir, mais pas jusqu’à l’agonie. L’agonie je laisse ça aux plus téméraires. Je garde l’idée pour une prochaine fois.

Vraiment, je sais, j’aurais pu trouver mieux. Me torturer au point d’en faire sortir une essence, une huile essentielle cervicale. J’aurais pu découper des parties de mon corps en suivant les lignes de mes veines. Laissant les morceaux, ici et là, disparates et entremêlés pour ne pas vous rendre la tâche facile. Le vide comme seul indice et une lente agonie vers ma reconstruction, entre vos mains. Mais, il y a un match ce soir. Vous le saviez, j’en suis sûr.

Mood musical: Cut Copy – So Haunted
Pilosité faciale: 5 jours
Taux d’amabilité: agonisant
Taux de dérision: vide?

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Fausse raison pour ne pas écrire #8

avril 27, 2008

Jour -239

« Si l’on rapportait la vie à sa plus simple expression de mots, ne serait-elle pas qu’une énumération? »
Bilbo le commis

Parfois, j’ose penser qu’il existe plus de types de silence que de mots pour décrire ce que sont la passion, l’amour, le désir. Ce ne sont pas tes cris de plaisir qui m’excitent, mais le silence qui les sépare, l’attente inégale entre chacun, consacrant leur unicité.

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Chronique du parc Molson #2

avril 26, 2008

Jour -240

hiver

C’est un parc qui s’épile de partout. À grande liasse de papier épilatoire et de cire chaude bouillante sur le rond d’un poêle. Les pantalons repliés jusqu’aux genous pour laisser cuire les jambes qu’on offre au soleil pour déjaveliser l’hiver qui colle à la peau. C’est aussi un chandail des Canadiens porté par un homme aux cheveux blancs qui trottine sa femme du bout d‘une main. C’est une pomme rouge qu’on croque, comme un New York démaquillé et muet. Des cheveux attachés sur la tête d’une femme qui a veillé trop tard, la veille. Des relents de scotch qu’on n’a pas bu, mais qu’on a espéré comme une ile noire aux trésors urbains.

C’est un parc qui s’étend sur une ville trop cuite, trop occupée à vendre des chandails de glorieux, pour une histoire de dollars plus qu’une passion commune. Une ville tout ouverte, tout écartée, tout écartillée. Qui devient folle quand les klaxons se font entendre et que les voitures de police se prélassent seul sans pilote dans la nuit. C’est un parc qui s’étend sur le ventre pour lire son journal. Qui tente d’éloigner les pigeons à coup de balais de sorcière. Des chiens qui courent sans laisse et qui sautent dans des cerceaux invisibles. Pour la galerie, pour la forme de nos sourires.

C’est un parc soumis à nos moindres désirs. Le galbe de ses seins nus pointant les nuages coupables d’être intangibles, mais non translucides. C’est une femme nue qu’on imagine tout habillée, dans une robe juste au corps. C’est une danseuse, mais une danseuse de classe qui improvise des pas de plus en plus disgracieux. C’est une aguicheuse de foule, une voleuse de montre en or. Une porteuse de lampadaire. Un tableau bruyant, posé à même le sol dans une position horizontale. Un plaisir abstrait, un plaisir coupable. Une petite goutte d’univers sur un papier buvard.

Mood musical: Hooverphonic – Electro Shock Faders
Pilosité faciale: 3 jours
Taux d’amabilité: horizontal
Taux de dérision: abstrait

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La théorie du pain aux raisins

avril 25, 2008

Jour -241

J’ai pensé à toi hier soir avant de m’endormir.
Le ciel est bleu et je suis encore dans un parc à vouloir chasser les murs, à espérer un peu d’espace. C’est fou ce que ça peut peser lourd sur le moral des endroits restreints. On ne s’en rend pas compte, tranquillement les espaces rétrécissent avec le temps ou bien ce sont les yeux qui s’habituent. Chaque nuit, une force quelconque vient pousser les parois de mon appartement d’un demi-millimètre vers l’intérieur. J’ai toujours eu une fixation sur le temps et l’espace. Je ne serais pas surpris d’apprendre que c’est un peu pour ça que je suis claustrophobe. Chronophobe aussi, par contre, cette phobie est beaucoup moins courante ou tout simplement intégrée dans l’humain au point de ne même pas avoir besoin de le mentionner, intrinsèque. Enfin, pour ma part je n’ai jamais entendu quelq’un prétendre qu’il l’était, pourtant la plupart des gens que je connais ont au moins une minime peur du temps, même si elle est inavouée.

J’ai repensé à tout ça, ce que tu m’avais dit à propos de l’univers.
La théorie du pain aux raisins, tu vois, je n’y crois pas vraiment. L’univers en expansion, c’est pour les scientifiques cette lubie de repousser les limites. Tous les bing bang ou les cric-crac, c’est trop théorique pour moi. J’ai la conviction que l’univers est en compression que tranquillement tout se referme sur nous. Si nous arrivions à survivre encore pendant un milliard d’années, nous aurions peut-être la chance de nous retrouver dans le même lit tous les deux. Par manque d’espace bien sûr, seulement par manque d’espace, une dernière fois.

Mood musical: Blur – Out Of Time
Pilosité faciale: 2 jours
Taux d’amabilité: En expension
Taux de dérision: En compression

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Amour fantoche

avril 23, 2008

Jour -243

J’aimerais seulement te dire ce soir que c’était une bonne idée de me fermer la porte au nez il y a de ça quelques années. Ton peignoir évasé laissait voir ce que je n’avais jamais vu quand tu as ouvert subitement la porte espérant probablement quelqu’un d’autre. Pourtant, il n’était pas si tard, le soleil venait à peine de se coucher. Si je me souviens bien, tu devais avoir trente ans tout juste. Je n’avais jamais encore pu imaginer que ton corps à moitié dévoilé pourrait me faire autant fantasmer. Quand j’ai vu ton air désintéressé, cela m’a piqué au vif. Moi qui croyais que c’était possible, que je n’en demandais pas tant. Je ne sais pas si mon habit de baseball a fait en sorte que la magie n’y était pas. J’avais tout de même répété ma première approche maintes fois dans ma tête avant de sonner à ta porte. Je la croyais bétonnée, parfaite, sans possibilités de refus.

Après cette défaite, je suis allé me cacher dans la haie de cèdres qui longeait ton terrain. Je savais qu’il y avait quelqu’un d’autre. Que cette personne ne tarderait pas à arriver. J’ai attendu, attendu plusieurs heures. Mes paupières tombaient, mais je bagarrais contre le sommeil, ma jalousie était beaucoup trop forte pour succomber à l’appel de Morphée. Je me concentrais sur les véhicules qui passaient dans la rue, hypnotisé par les reflets des phares qui me permettaient de ne pas trop penser au temps qui filait, à la nuit qui m’assaillait. J’ai combattu du mieux que j’ai pu, j’aurais dû partir, mais le désir était trop fort.

C’est toi au matin qui m’a surpris dans toute ma vulnérabilité, vautré entre ta haie et ta voiture. J’avais surestimé mes forces et je m’étais endormi à même ton sol. Personne n’était venue ou du moins personne pendant que j’étais encore éveillé. Tu m’as quand même demandé gentiment ce que je faisais là, d’une voix maternelle. Rien avoir avec la femme voluptueuse que tu étais la veille quand tu m’as claqué la porte au nez à moitié nu, assez pour me donner des rêveries pendant plusieurs années. Du haut de mes huit ans bien comptés, j’ai bégayé que je vendais du chocolat pour mon équipe de baseball. Tu m’en as acheté deux boîtes, une aux chocolats noirs et une autre aux amandes. Si tu savais pendant combien d’années je t’ai imaginé le manger ce chocolat. De plusieurs façons différentes. J’étais vraiment amoureux.

Mood musical: Nouvelle Vague – In A Manner of Speaking
Pilosité faciale: 7 jours
Taux d’amabilité: envouté
Taux de dérision: à flots

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Chronique du Parc Molson #1

avril 22, 2008

Jour -244

Je suis assis sur l’herbe du parc Molson. Une petite Chinoise vient lire au-dessus de mon épaule. Elle ne sait pas lire, elle est encore plus petite que ça. Son papa chinois vient la prendre par la main et ils continuent leur petite marche de famille chinoise. J’apprivoise tranquillement l’écriture de plein air, c’est un peu ce que le théâtre d’été est au théâtre. Enfin, je crois que je pourrais le dire ainsi… sans offusquer trop de gens. Si vous êtes offusqués, ne vous gênez pas… je prends bien la critique. Ce que je ne vous ai pas dit, c’est que la petite Chinoise elle n’est pas chinoise, elle est Laotienne. Pour ça, vous avez le droit d’être fâché contre moi. Je me frustre moi-même. Comment cette évidence put m’échapper, même au premier coup d’œil?

Mesdames, vous êtes toutes trop jolies dans vos habits d’été. J’ai un vague souvenir d’avoir déjà écrit ça dans un billet précédent. C’était un jour d’hiver pour m’assurer que j’étais encore en vie. Je parlais du soleil de mai et de ses parcs qui s’éparpillent au bout de ses rayons. Maintenant, je vous vois vraiment en chair et en chair, nous sommes encore en avril. Il y a un dieu pour moi et ma foi il est beaucoup trop généreux. Quelle belle idée, vous avez eu, de venir étudier sur l’herbe. Vous m’inspirez, vous me donnez le goût d’écrire encore et encore. Et je dirais même qu’écrire est un euphémisme dans cette situation.

Le seul problème avec l’écriture de plein air vient du fait que c’est une course contre la batterie du portable. La jauge d’énergie m’indique que je suis sur le point d’être obligé d’y mettre fin. Il y a aussi ce gros chien frisé qui s’en vient vers moi avec des désirs incertains. Je ne me suis jamais senti confortable dans ce genre d’incertitude. La nuit, lui pend au bout du nez. Je me sauve avant d’y goûter.

Mood musical: Danielson – Did I Step on Your Trumpet
Pilosité faciale: 6 jours
Taux d’amabilité: ensoleillé
Taux de dérision: Laotien