Archive for octobre 2009

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La raison pour laquelle je n’ai jamais terminé le Colonel Chabert…

octobre 11, 2009

Il naquit quelque part dans une banlieue tranquille. Une banlieue de « je ne sais où », peut-être de Paris, peut-être pas. Il avait lu, dans ses années fertiles, le colonel Chabert de Balzac et n’en avait retiré aucun plaisir. Il aimait pourtant les mots et disait que ça ne pouvait être aussi pire que ce qu’on lui avait raconté. C’est à partir de ce moment qu’il se mit à faire confiance aux gens. Le Colonel Chabert l’avait profondément ennuyé et il ne se cachait pas pour le crier sur les toits. Sa mère, n’en pouvant plus de l’entendre pester contre ce livre le mit dans un pensionnat quelque part en Amérique du Sud, au Chili ou en Argentine. Pendant cette époque de grandes solitudes, loin de ses proches et de sa langue maternelle, il se mit à écrire jusqu’à en avoir les doigts aux sangs. Il ne voulait absolument pas perdre un mot de ce qu’il considérait comme sa faculté la plus précieuse. Il écrivit donc « son petit dictionnaire des mots sous-utilisés » et cette œuvre, le rendu célèbre dans le monde entier.

On serait porté à croire qu’il vécut heureux, mais non, les événements qui suivirent sa lecture du colonel Chabert ne s’estompèrent jamais de sa mémoire et il sombra, malgré sa grande popularité, dans un alcoolisme insurmontable. Ce n’était pas rare qu’on le retrouvât dans une ruelle de Buenos Aires ou de Santiago, bouteille de Bourbon entre les jambes, dictionnaire des synonymes glissé dans le revers de ses pantalons, les Fleurs du mal de Baudelaire dans sa poche de chemise et un nécessaire à couture dans sa poche secrète de veston. On disait qu’il aimait bien coudre quand il avait « un petit verre dans le nez ». Qui aurait pu lui en vouloir, ses excentricités n’auraient jamais pu faire ombrage à son génie. Comme bien d’autre, il ne put se résigner à autant d’attention populaire. Un matin, il prit l’avion pour un voyage qui n’avait vraisemblablement rien d’un aller-retour. Il mourut quelque part dans une banlieue tranquille. Une banlieue de « je ne sais où », peut-être de Paris, peut-être pas. Balzac aura eu raison de ses belles années, la bouteille des autres.

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Les nuits effritées

octobre 3, 2009

Déporte-moi sur l‘archipel que creuse ton souffle irrégulier dans l’invisible contrée de tes soupirs. Je ne veux pas vieillir tout de suite, demain peut-être un peu. J’écrirai des phrases complètes d’homme sage, mais avant je veux m’enivrer de petits éclats d’exaltation. Je désire charpenter les nuages, me tremper dans le pourpre bleu du ciel à l’aurore au moment de la marée quand le cosmos recrache tranquillement, un à un, ses corps célestes. Ta nef s’élève, vogue comme la dernière rescapée de l’univers. Tes seins m’électrocutent, tes mains me déchargent, ton regard me déleste du doute d’exister.

Je m’attarde toujours au pourtour de tes nuées quand dans ton ombre je m’évade au plus gris violacé de la nuit, mélangeant des couleurs qui ne s’exhibent nulle part ailleurs. J’abrite en moi le reflet de ton astre dans le miroir de l’intangible. J’effrite les nuits saupoudrant un peu de poussière de toi sur l’immortalité de mes souvenirs.