Posts Tagged ‘toi’

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Les nuits effritées

octobre 3, 2009

Déporte-moi sur l‘archipel que creuse ton souffle irrégulier dans l’invisible contrée de tes soupirs. Je ne veux pas vieillir tout de suite, demain peut-être un peu. J’écrirai des phrases complètes d’homme sage, mais avant je veux m’enivrer de petits éclats d’exaltation. Je désire charpenter les nuages, me tremper dans le pourpre bleu du ciel à l’aurore au moment de la marée quand le cosmos recrache tranquillement, un à un, ses corps célestes. Ta nef s’élève, vogue comme la dernière rescapée de l’univers. Tes seins m’électrocutent, tes mains me déchargent, ton regard me déleste du doute d’exister.

Je m’attarde toujours au pourtour de tes nuées quand dans ton ombre je m’évade au plus gris violacé de la nuit, mélangeant des couleurs qui ne s’exhibent nulle part ailleurs. J’abrite en moi le reflet de ton astre dans le miroir de l’intangible. J’effrite les nuits saupoudrant un peu de poussière de toi sur l’immortalité de mes souvenirs.

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Délire récursif

novembre 18, 2008

Jour -33 

Ce ne pouvait être qu’un délire dessiné par quelque chose qui ne dessine pas très bien. Peut-être ma main guidée par nos cerveaux détraqués. Nos cerveaux soufflant sur les phalanges inertes de mes doigts qui ne connaissaient que les mots, de ceux qu’on ne sait pas trop enfiler. De ceux qu’on écrit en souffrant sans savoir si les voiles nous mèneront quelque part, si les folies seront propices à l’éclosion d’un voyage outre-raison. Que dire de ces océans qui nous enclavent l’un et l’autre? Tout près, mais si loin, deux continents.

Je m’évertue à l’évacuer ce « moi et toi » qui respire comme deux poumons à l’intérieur de moi. Je ne cesse de le coucher sur papier pour qu’il me laisse enfin respirer. Cette dualité parfaite en mon corps qui se décuple à l’infini me laissant l’impression d’être la poupée russe originelle. L’unique qui demeurera unique. À moins que celle que j’habite soit si vaste qu’elle se colle aux parois de l’univers et que nous sommes si minuscules qu’elle seule puisse nous savoir l’un pour l’autre. Jusqu’à ce qu’elle se décide à nous expulser violemment toi et moi. Que nos corps se percutent et s’enchâssent dans le nimbe des mots incarnant l’histoire aérienne et utopique d’un être tourmenté.

Mood musical: The New Year – Alter Ego…

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Le livre

novembre 3, 2008

Jour -48

Je voudrais t’écrire un livre. Un de ceux qui seraient remplis de pages blanches tachées de silences éloquents. Tu pourrais le lire sans problèmes dans l’autobus ou au restaurant en attendant ton déjeuner. Je saliverais à l’idée que tu le salisses de ton quotidien, que tu le malmènes sans précautions. J’espèrerais le voir perverti de tes idées noires qui habituellement demeurent enfermées, t’imaginer lui cracher au visage entre les pages 48 et 49. Il pourrait te servir d’ébauches pour assouvir ta passion de l’origami. Je voudrais que tu lui plies un cœur et les ventricules qui s’y rattachent, laissant trainer une aorte inachevée qui dégoulinerait salement sur les parquets et les trottoirs.

J’aimerais que tu t’y inventes un nom, comme Martine ou Julie, et que tu y croies vraiment. Tu t’imaginerais qu’on te l’écrit dans le noir et que cela te donne des frissons. J’oserais espérer que la nuit tu le déchires un peu, que tu l’allèges de certaines feuilles teintées d’envolées orgasmiques qui s’estomperaient de toute façon de ta mémoire à long terme s’empilant les unes sur les autres comme un seul souvenir. Je me foutrais bien que tu n’y comprennes rien parce qu’il ne serait pas écrit pour l’être. Ce ne serait surtout pas une histoire romantique parce que tu n’y croirais pas de toute façon. J’y verrais plutôt un dénouement sans queue ni tête, une fin ouverte à l’infini. Des pages et des pages de fluides et d’esquisses de ce que je n’aurai jamais su capter de toi.

Mood musical: Of Montreal – Gallery Piece

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Warab

octobre 20, 2008

Jour -62

Tu avais le regard plongé sur l’écran à cristaux liquides démystifiant la luxuriante présence de Stephen Harper qui se répandait dangereusement en de plus en plus de cristaux fluides. Je la voyais, ce jour-là, dans tes yeux la haine que tu pouvais porter contre un homme seulement par les infinies possibilités de forme que pouvait prendre l’arcade de tes sourcils. Ton visage était habité de centaines de poupées vaudou. Ta bouche close retenait les aiguilles à cet instant, mais le déferlement semblait inévitable.

J’ai fait un peu de place afin d’aérer la pièce, j’ai même pensé dépeupler un mur du salon de ses nombreux artefacts artistiques pour mieux l’abattre, mais je me suis souvenu que ce mur donnait sur des voisins un peu déplaisants qu’on aurait dû subir encore plus que maintenant. Je me suis contenté de fortifier les contours de la pièce en empilant fauteuils et chaises, tables et bibliothèques. On se serait cru dans une tranchée mobilière à la frontière d’un « no man’s land » onirique. Il y avait toi contre le Canada tout bleu, celui de Harper aux cheveux poivre et sable bitumineux. Je n’ai pas voulu m’en mêler, c’était entre toi et lui. Je suis allé prendre l’air. Quand j’ai remis les pieds dans l’appartement, quelques heures plus tard, le parti conservateur gisait au grand complet en flaques d’eau à la grandeur du quatre et demi et toi, avec ton regard espiègle, tu y sautais à pieds joints comme Mimi Cracra.

Mood musical: St. Vincent – Now, Now

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Paloich

octobre 3, 2008

Jour -79

Je flanquerais bien quelque chose dans l’engrenage du temps. Pas longtemps, juste quelques jours, qu’on parte à l’autre bout du monde ensemble, ici et là. Je te laisserais conduire, même si tu ne sais pas. Tu deviendrais pilote de brousse et moi je m’occuperais des ailes, qu’elles ne s’embourbent pas dans les nuages de glaises. Le ciel semblable à un marais d’étoiles, un voyage de nuit sans destination établie. On s’amuserait comme des enfants à contourner les nénuphars stellaires, le son de nos voix formerait des ronds dans l’univers, des échantillons de trou noir fabriqués de nos mains d’un labeur équitable.

Je me rappellerais ta beauté et j’en profiterais, pendant que le temps serait suspendu, pour redécouvrir chacun des refuges apaisants qu’offrent les pores de ta peau, je ratisserais chaque millimètre de ton visage pour me souvenir quand tu devras me quitter à nouveau, déshabillés de toute cette anxiété et de ces délires accessoires. Et ça, jusqu’à ce que les secondes acides recommencent à se répandre sur nos habits de chair, car inévitablement le levier de mes espérances n’aura pas suffi à nous absoudre éternellement de cette machine indomptable.

Mood musical: Son Lux – Break

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On The Water

août 25, 2008

Jour -118

Il y a des soirs où les mots se doivent de rester enfermés.
Quand tu arrives à me faire goûter le néant,
Quand la consonance de tes silences me fait sentir seul au monde,
Il m’apparaît évident que je me sens mieux accompagné par ma solitude.

Mood musical: The Walkmen – On The Water
Pilosité faciale: 6 jours
Taux d’amabilité: ailleurs
Taux de dérision: solitaire

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(Fausse) Chronique du parc Molson #3.1416

août 18, 2008

Jour -125

«Montréal, tel un lit géant qui grince à la cadence de nos délires synthétiques.»

Dans les échos, dans les décharges électriques que le ciel nous impose, je me suis réapproprié nos délires. J’ai suivi le parcours, le chemin du parc plusieurs fois pour retrouver les indiscutables indices. J’ai cherché le mystère de nos hécatombes, de chacune de nos peaux meurtries que nous avons laissées derrière. J’ai tout enfoui dans la brèche. J’ai tout nettoyé pour qu’il ne reste aucune trace de nos insouciantes rêveries, de nos envolées génésiques.

«C’est un parc soumis à nos moindres désirs.»

J’étais seul dans le parc, dans le déluge. La pluie tombait sur la statue à grands coups de clapotis métallisés, pendant que j’enfouissais notre univers et tout ce qui lui ressemblait. En relisant tous les mots que tu ne m’avais pas écrits, je me suis rendu compte qu’au bilan il n’y avait rien de tangible, une suite de sentiments ambigus qui avec le temps se refroidissent et se glacent avant d’éclater en minuscule rien du tout.

«Il respire fort pourtant, je l’entends. C’est à la limite du ronflement. Celui qui débute et qui s’étouffe dans le silence.»

Et pendant qu’il dort, je m’enfuirai en silence. La tête vide et le cœur exalté de tous les possibles.

Mood musical: Octopus Project – Music Is Hapiness
Pilosité faciale: 5 jours
Taux d’amabilité: déphasé
Taux de dérision: π