Archive for avril 2009

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Personnalisation

avril 29, 2009

Quand le soleil du matin pénétra dans l’appartement par les grandes fenêtres, il découvrit quelques imperfections de son visage qu’il épiait depuis quelques minutes dans le miroir suspendu sur le mur. Celui qui borde la sortie de sa chambre donnant sur un sinueux couloir où de nombreuses portes s’ouvrent et se referment capricieusement. Il eut de mauvaises pensées pour ce soleil impertinent qui s’immisçait entre les sobres bourgeons du printemps qui n’arrivaient pas encore à diffuser les rayons à ce temps-ci de l’année.

L’angoisse ne dura que quelques secondes avant qu’il laisse place au laxisme de sa récente sagesse acquise à la suite de nombreux combats contre le temps. N’en avait-il pas gagné quelqu’un, sinon l’illusion d’avoir grandi d’une certaine façon? Ironiquement, son visage se mit à se déformer au même moment où il se résigna à son sort. Loin de n’être qu’angoissé maintenant, il ne se reconnut que vaguement dans la glace comme si son corps s’improvisait cinéaste de l’absurde.

Une porte au bout du couloir s’ouvrit dans un grincement indécis, mais aucun signe de vie ne brisa l’ambiance de panique qui venait de s’abattre sur lui. D’un pas méfiant, il se dirigea vers la porte et, dans un élan de courage insoupçonné, osa jeter un coup d’œil dans l’embrasure de la porte. Elle donnait mystérieusement sur l’entrée d’un parc et étrangement il reconnut la statue surréaliste qui gisait au centre de la place veillant placidement sur le destin des lieux. Le soleil dédoublé se croisa de lui-même juste sous ses pieds

Cymbals Eat Guitars – Some Trees

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L’appartement?

avril 25, 2009

Je ne sais pas si je suis au bon endroit, parfois les murs s’effondrent et se rebâtissent ailleurs; les gens s’entrecroisent sans se voir. J’ai de la difficulté à croire qu’on puisse appeler ça un appartement, bien que je sois prêt à laisser le bénéfice du doute au propriétaire. Si vous voulez savoir, je ressens cet endroit comme un labyrinthe en constante évolution. Quelque chose d’organique ou de chimiquement désarticulé. N’empêche que les nuits y sont apaisantes et je sombre souvent dans les dédales de mes fantasmes inavoués. Je ne suis pas sûre d’être seule à y vivre, car parfois j’entends des échos féminins à travers les murs. Ça ne me surprendrait pas vraiment, puisqu’il y a tellement de portes closes que je n’ai encore su ouvrir. Il ne faut surtout pas se poser trop de questions quand on a peur des réponses de toute façon. Je pense un peu comme ça.

Lui, je le croise souvent, il semble s’esquiver chaque fois dans sa chambre quand je longe le couloir, pourtant je l’observe souvent dormir. Il est le seul à laisser sa porte ouverte durant la nuit. Hier, j’étais avec Joe, un amant de passage, car tout le monde sait que de toute façon : Joe, le taxi c’est sa vie. Je l’ai senti nous épier quand nous sommes passés, je l’ai entendu respirer, soupirer, penser même comme si j’étais moi-même impliquée dans cet exercice. Je l’ai tellement ressenti que Joe s’en est rendu compte et s’est sauvé un peu contrarié.

Je n’ai pas dormi de la nuit et, durant mon insomnie, je suis allée l’observer, j’ai même poussé l’audace jusqu’à m’immiscer dans son lit et me lover contre lui. Il ne s’est pas réveillé et parlait durant son sommeil. Je l’ai entendu raconter des histoires confuses à propos d’une fille aux cheveux liquides ou quelque chose comme ça. Je ne sais pas si je suis au bon endroit, je ne sais pas comment je m’appelle. Si j’avais le choix, je serais Lilith. Je trouve ce nom mystique.

Bat For Lashes – Daniel

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Noir et blanc

avril 19, 2009

C’est en noir et blanc. Un film projeté sur ta porte close où l’on y voit mes mains glisser dans tes cheveux comme si elles descendaient une rivière délicate qui s’abreuve à même la source de tes idées. Mes mains en noir, tes cheveux en blanc. Le son ininterrompu de la bobine du film qui tic et qui tic sans rythme et le projecteur qui se lance dans l’inconnu ne sachant pas si c’est un cylindre infini ou si la fin sera abrupte et expéditive. Je ne vois pas ton visage, à la limite tu pourrais en être une autre si je n’avais pas la mémoire de ta chevelure imprégnée sur les lignes de mes mains.

Ta porte s’ouvre, le film dans ma tête s’échappe dans les recoins latents de mon être. Je ne sais pas te dire Lili, alors je ne dis rien… Tu longes le couloir avant de descendre les marches. Tu t’évades et je continue à te suivre quelque temps dans ma tête. Le coin de la rue, l’homme sur le banc qui te tend un papier mystérieux, tes longs cheveux qui s’ébouriffent dans le vent rendu près de Christophe-Colomb, les voitures qui circulent en filaments de tôles indéfinis, les gens sans visage que tu croises comme des figurants de la ville imaginaire que je déforme dans ma tête. Et je te fige là, pour t’observer, un plongé qui vient d’une caméra qui descend du ciel en tournoyant autour de toi. Un gros plan. Un gros plan extrême sur le grain de beauté juste sous ton omoplate. Une île mystérieuse où je m’assoupis, en noir et blanc sur ton corps.

Yann Tiersen – Esther

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Multiplicité spectrale dans un parc dépeuplé

avril 8, 2009

Je suis au café et je regarde le parc à travers les grandes fenêtres. Mon esprit vagabonde sur ces nombreux bancs vides que l’écho de l’hiver a su si bien kidnapper encore quelques jours avant le vrai printemps (je l’espère). Lili je te vois sur ces bancs, en train de lire Lolita de Nabokov… inévitablement. Sur tous les bancs à la fois et toujours le même livre, à des pages différentes, et ton visage parfois placide d’autres fois enjoué. J’ai même cru voir une larme, mais je ne sais pas si c’est le fruit de l’émotion ou le vent glacial qui en est la cause. Il y a 43 bancs, très exactement, donc 43 Lili prêtes à vivre ou même mourir puisque la vie est parfois si cruelle. C’est difficile à croire, en te voyant, que cette vie puisse échapper à l’éternelle. Tes vies parallèles, tes choix personnels, ton libre arbitre. Mes choix à moi, puis-je vraiment te choisir? Choisir celle qui vivra ici… Pourrais-je la choisir capable d’amour à mon égard ou d’une douce et cruelle beauté inatteignable? Pourrais-je te mettre en abîme ou choisir une autre Lili en cours de route? Est-ce que cela peut faire partie des règles? Est-ce qu’il y a des règles?

Je crois que tout est possible. Derrière mes yeux de glace délaissés par mon esprit qui vagabonde, il y a le vide et le reste. Surtout le vide, parce que c’est si bon de le combler d’imaginaire. Et personne d’autres comme toi, transcendante, immanente, multiple. Tous ces adjectifs fondus dans ta chair, parce qu’on n’y peut rien, parce que c’est comme ça.

Interpol – Obstacle 1

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Déni, mensonges et autres faiblesses

avril 5, 2009

«J’ai trouvé dans ton ordinateur tous les textes sur moi. Ceux publiés et ceux impubliables. Je ne sais pas quoi en penser pour l’instant… sinon que je n’ai pas les yeux verts!»
Lili – bloc-notes de mon ordinateur

Il y a encore ce matin, sur ma petite table de salon, une coupe de vin presque vide, presque parce qu’il y reste la dernière gorgée celle qui n’aura jamais lieu, celle qui ne cessera d’égayer ma curiosité inassouvie. Était-ce toi qui as posé les lèvres sur cette coupe ou les improbables forces du mystère qui l’ont déposé là comme un hasard? Je ne me souviens de rien, la nuit m’a enlevé certains souvenirs. Dans mes délires de mémorisation, j’ose même croire que c’était moi qui partageais avec toi cet instant évaporé. J’ai l’empreinte de ces lèvres imaginaires placées là, seule sur l’étal de mes souvenirs. Des lèvres sans visage gourmandes et téméraires m’engloutissant tout entier avant de me recracher doucement, pantelant dans une paralysante extase. Je ne me souviens de rien, sauf de tout ce qui concerne les sens. En ai-je vraiment que cinq? Je les aurais crus beaucoup plus nombreux à ces instants.

Lili, tu as les yeux multicolores et tu n’existes pas. Lili, tu ne peux pas avoir lu mes textes parce que je ne les ai jamais écrits. Je les ai criés juste assez fort pour qu’ils s’imprègnent d’eux-mêmes sur la toile invisible de la noosphère. Je sais, c’est un peu fou ce que je suis en train de crier, mais c’est toi qui me fais perdre la tête. Je vis dans le déni de toi et de moi-même. Et je le crie doucement pour ne pas réveiller les soupçons.

Les Colocs – Dehors Novembre