Posts Tagged ‘souvenirs’

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Ruelle

juillet 30, 2008

Jour -144

Dans la ruelle, le crépuscule décape les arrière-cours de ses rayons qui s’immiscent entre les minces et rares interstices qui séparent les immeubles entassés. Fuyard sur ses dernières minutes de labeur, l’astre du jour décampe comme un mal élevé. Les gamins devront se contenter de ces timides ampoules qui ornent la façade arrière de certains bâtiments pour terminer leurs jeux inventés. Leurs cris n’en seront guère tamisés jusqu’à ce que s’épuisent les troupes ou que la mère la moins conciliante s’empare de son cadet le harponnant prestement par l’arrière du collet.

De mon balcon, je vois la nuit qui s’effrite en particules lumineuses et la ruelle déserte qui abandonne son dos vierge aux astres séraphiques. Il me semble qu’il n’y a pas si longtemps, je rêvais encore de ces étés de congé sans fin qui s’étalait sur des mois entre les pages éventées de nos calendriers scolaires. Que je m’endorme sur ces souvenirs, une coupe de rouge à la main, pour oublier que les journées d’été m’épuisent autant maintenant que ce triste automne qui me rend vaste et nostalgique.

Mood musical: Bowerbirds – In Our Talons
Pilosité faciale: 8 jours
Taux d’amabilité: nostalgique
Taux de dérision: éventé

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Mur des souvenirs

juillet 26, 2008

Jour -148

Vite. Vite! J’improvise ces quelques phrases sous la douche, car le temps file. Mon frère s’en vient en métro ou par marche. Je ne sais pas, mais ce que je sais c’est qu’il sera là devant ma porte dans quelques minutes. Nul doute qu’il sera là, je ne sais pas exactement « quand » ou « comment », mais je sais « pourquoi ». Tout fier, tout grand, tout frère. Géant à ses heures et enfant à d’autres. Vile ville qui nous recrachera en catapulte, car nous allons rejoindre notre banlieue natale. Rejoindre nos parents qui nous aiment et que nous aimons. Vile ville qui nous recrachera en terre désertée l’instant d’un souper. Pour nous permettre d’arrêter le temps et de le fixer au mur des souvenirs comme une photo de famille en mouvement.

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Excursion utopique

juillet 22, 2008

Jour -152

Téléphone

 

 

 

Je devais avoir quatre ou cinq ans. Je me souviens très vaguement de ces cauchemars récurrents où il y avait ces farfadets qui me jouaient du théâtre imaginaire de rebords de fenêtre. Je ne me rappellerai jamais leurs propos, mais leurs dents acérées de loups de salon assiègeront mes souvenirs jusqu’au dernier survivant s’il vient un temps où j’aurai à les perdre, ces souvenirs, pour cause de maladie ou autres folies remuantes. Ils finissaient toujours par courir après moi avec une hache miniature dans le corridor de ma maison d’enfance en guise de salut à la foule (c’est-à-dire, moi). Le corridor en « L » menait directement à la chambre de mes parents, mais inévitablement je ne me rendais jamais jusqu’à la chambre et je fondais dans le trou du bain.

♦♦♦

Hier, j’ai fait un de ces voyages étranges qui me ramènent à mes anciens démons. Tu y étais dans ce monde imaginaire et il y avait Jessica Barker. Je l’aurais bien imaginé en Alice aux pays des merveilles à l’époque des Intrépides, mais maintenant avec toute sa féminité et son charisme magnétique, je n’oserais pas. Je me contenterais de rougir et de l’aimer en secret, dans ma tête. Toutefois, c’est à propos de toi que je voulais discuter. J’allais sortir de la douche quand le trou m’a aspiré. J’ai senti mon corps devenir malléable, de la pâte à modeler. Et flop! J’étais là devant toi. De l’autre côté. À distance d’un baiser, ceux que j’ai cessé d’espérer vus la distance de nos âmes à des trillions de kilomètres d’éloignement. Tu pleurais de cette façon qui te rendait si belle. Même, le cœur de l’Épouvantable en aurait été bouleversé. Tu avais cette manière d’émouvoir avec tes grands yeux bruns fluorescents et tes larmes de cristal aussi démesurées que tes yeux eux-mêmes. Devant toi, j’errais. Sans pouvoir bouger. Je crois même que tu ne me voyais pas. Dans ce laps de temps incongru, je t’aurais serré dans mes bras pour toujours piétinant mon orgueil et toutes les saletés qui pourrissent la beauté des souvenirs. Tu t’imagines bien que je n’ai pas pu. Jessica s’est mise à rire de manière insatiable avant de m’embrasser dans un tableau mouvant de plus en plus embrouillé. Une roche qui tombait dans l’eau.

♦♦♦

Quand je me retrouvais de l’autre côté, ce n’était jamais comme la fois précédente. Un décor différent, des gens différents. Ce n’était plus un cauchemar, cependant, je devais toujours me taper ces maniaques de farfadets pour y accéder. La première fois que je t’y ai rencontré, tu devais avoir toi aussi quatre ou cinq ans. Tu tenais un téléphone dans ta main, l’air de savoir quoi dire, mais ce n’était que pour la photo. Tu n’avais aucune idée comment fonctionnait l’appareil. Tu ne savais pas que plus tard ce serait ma voix qui emplirait le récepteur qui mène à ton oreille. Tu ne te doutais même pas encore de ces fois où j’aurais à te dire : « je t’aime ». Avant de raccrocher rêveur, sans aucune crainte du futur. De mon côté, je n’avais aucune idée que ce rêve où je te voyais enfant deviendrait réalité et que cette photo avec le téléphone, je puisse la tenir physiquement dans ma main amalgamant le passé, le présent et le futur dans une suite illogique. À jamais illogique.

Mood musical: Yann Tiersen – C’était ici
Pilosité faciale: 6 jours
Taux d’amabilité: utopique
Taux de dérision: illusoire

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Pénalité pour confusion

mars 27, 2008

Jour -270 

Dans ma pilosité faciale, il n’en reste qu’un relent, un tout petit arrière-goût. Par le truchement de ma lèvre supérieure qui s’accole à ma lèvre inférieure, j’arrive à reproduire la nuit sur le bout de ma langue. Cette nuit, tu te souviens? Cette nuit dont je n’ai aucun souvenir. Je sais qu’on a dansé à en perdre la vie, à s’étourdir dans un délire de fin du monde.

Il faisait froid comme la mort, je me souviens de l’avoir vu de nos bouches qui la ressuscitaient la nuit, par envie qu’elle ne se termine pas. C’était au « petit quelque chose » où les serveurs font des shooters spéciales quand on manque d’imagination après déjà plusieurs verres. On ne s’était pas vu depuis des années, j’avais oublié que tu supportais trop bien l’alcool, j’aurais dû me méfier.

Cette nuit, elle ne compte pas en elle-même, elle était le tableau sur lequel on accroche un passé et des souvenirs d’une jeunesse qui nous a fait prendre des chemins différents. Cette nuit, elle était blanche dans ma tête pour mieux la noircir de ces autres nuits passées à tranquillement essayer de devenir quelque chose. Les fois où l’on a tenté de conquérir le monde dans notre grande naïveté d’adolescence. Cette nuit qui m’a laissé un grand vide insaisissable, pour mieux regarder en arrière et reconstruire ce que nous sommes devenus chacun de notre côté.

Mood musical: Broken Social Scene – Anthems for a Seventeen Year-Old Girl
Pilosité faciale: 5 jours
Taux d’amabilité: amical
Taux de dérision: confus

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l’aveu

mars 25, 2008

Jour -272

Il marchait dans un désert quand il crut t’apercevoir.
Tu me dirais si tu étais encore là, qu’il n’y a pas de désert dans Montréal. Jadis, j’aurais pu te croire, quand il était encore temps. Maintenant, je suis ici avec lui, les pieds qui me brûlent de l’intérieur et le sable à perte de vue. Le Sahara je ne l’ai jamais vu, mais je peux très bien me l’imaginer. Il me pointe cette femme, il me montre le corps dénudé et le sable de sa bouche. Sa bouche qui disperse par sa mort autant de grains de sable que de souvenirs à effacer. Tu me dirais si tu étais encore là, que ça te fait penser au film de Gondry, celui avec éternelle dans son titre comme l’écume d’éternité qui sort de ta bouche, parce qu’autant lui que moi savons que cette femme, c’est toi.

Cette chambre d’hôtel, qui n’est maintenant que poussière, il ne peut l’expliquer. Il voudrait lui trouver une raison logique, mais la logique fuit par tous tes membres, par mes doigts également. Je tente de lui rappeler l’homme sur le banc, le papier photocopié, le message sur le mur. Il ne veut rien entendre, il ne saisit plus rien. Ma diversion, mon crime imaginaire pour t’oublier. Ce scénario pour me décharger de cette culpabilité. Il s’en va, ce n’était qu’un témoin, parce qu’il en fallait un, parce qu’il n’en fallait qu’un. Et dans l’horizon, je le vois se fondre au désert, immobile en plein milieu d’un Montréal imaginaire qui nous appartenait. Je m’en vais de la même façon, je ne reviendrai plus dans cette partie de ma ville que je déserte pour toujours. Je m’en vais et je te porterai sur un mur comme un tableau de Dali.

Mood musical: Damien Rice – 9 crimes
Pilosité faciale: 3 jours
Taux d’amabilité: avoué
Taux de dérision: en boucle

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La chambre

février 29, 2008

Jour -297 

Dans la chambre d’une partie de ma jeunesse, je revois des recoins de ma vie, parfois banals, parfois tranchants, d’autres qui me donnent une boule dans la gorge ou un sourire nostalgique. Je reviens visiter mes fantômes, les traces invisibles que j’ai nécessairement laissées dans le vide de l’espace. Je n’ai pas le talent de dessiner, mais j’ai le souvenir des images. Il n’y a plus aucun meuble du passé, mais la configuration des murs et la forme géométrique inusitée du plafond me suffisent. Elles sont fortes ces images, elles m’appartiennent. Je les garderai pour moi, mais dans le noir quand j’aurai fermé la lumière, je vous laisserai humer leurs parfums. Le parfum qui vous ramènera à vos propres images que vous imaginerez dans la propre forme géométrique qui constituait la chambre de votre passé. Dans une légère discontinuité de la ligne du temps, nous serons des voyageurs.

Pilosité faciale: 5 jours
Taux d’amabilité: voyageur du temps
Taux de dérision: sans gras