Posts Tagged ‘rêve’

h1

Les nuits effilées

septembre 6, 2009

J’ai cru en regardant l’horloge qu’il y avait des heures impossibles incrustées sous la chair numérale, entre les heures normales qu’on voit d’un coup d’œil. Des heures qu’on entend, mais qu’on ne voit jamais, qu’on ne saisit pas comme les borborygmes provenant de ton abdomen pendant ton sommeil. Pourtant, ça n’existe pas, ces choses-là, sinon dans les couloirs étanches de tes rêves où j’arrive à m’immiscer en m’accrochant solidement à ton lobe d’oreille, me recroquevillant juste assez pour me faire petit comme un bruit sourd. Je longe ton labyrinthe jusqu’à ce que j’arrive quelque part. Là, j’atteins au vol des rêves où je ne devrais pas apparaître. J’interromps le cours de tes songes.

Je leur impose des heures impossibles, mais tout au moins agréables. C’est alors que je réalise la fibre et l’ampleur de ton imaginaire. Étendu près de toi, j’écoute les dernières paroles inintelligibles de tes rêves avant de m’endormir pour de bon.

Publicités
h1

Répétition

mars 15, 2009

Je dors tellement depuis deux jours, je dors tellement que je rêve de m’éveiller. Tu t’es faite discrète en dehors de ma tête. En dehors de ma tête seulement, car j’ai ce rêve récurrent dans lequel tu habites une maisonnette isolée sur le bord d’un océan. Un océan inventé évidemment avec si peu d’horizon, un horizon qui se confond avec l’imprécision irréelle du rêve. Tout est vitré et je t’observe survivre sans pouvoir m’en mêler, sans pouvoir t’étreindre, sans pouvoir estomper tes craintes. Tu pleures beaucoup, tu as froid, l’écho de tes pleurs résonne dans ma tête comme si la terre perdue qui t’isole faisait partie de moi. De toute évidence puisque je rêve… De toute évidence puisque tu m’habites, mais toi tu sais à peine que j’existe.

Je suis tanné d’écrire, je suis tanné de dormir. Il fait beau, je veux profiter de ce dimanche ensoleillé. Silence radio… j’adore l’effet bouillonnant que tes larmes donnent à tes yeux verts… silence radio. Over.

MGMT – Time To Pretend

h1

Excursion utopique

juillet 22, 2008

Jour -152

Téléphone

 

 

 

Je devais avoir quatre ou cinq ans. Je me souviens très vaguement de ces cauchemars récurrents où il y avait ces farfadets qui me jouaient du théâtre imaginaire de rebords de fenêtre. Je ne me rappellerai jamais leurs propos, mais leurs dents acérées de loups de salon assiègeront mes souvenirs jusqu’au dernier survivant s’il vient un temps où j’aurai à les perdre, ces souvenirs, pour cause de maladie ou autres folies remuantes. Ils finissaient toujours par courir après moi avec une hache miniature dans le corridor de ma maison d’enfance en guise de salut à la foule (c’est-à-dire, moi). Le corridor en « L » menait directement à la chambre de mes parents, mais inévitablement je ne me rendais jamais jusqu’à la chambre et je fondais dans le trou du bain.

♦♦♦

Hier, j’ai fait un de ces voyages étranges qui me ramènent à mes anciens démons. Tu y étais dans ce monde imaginaire et il y avait Jessica Barker. Je l’aurais bien imaginé en Alice aux pays des merveilles à l’époque des Intrépides, mais maintenant avec toute sa féminité et son charisme magnétique, je n’oserais pas. Je me contenterais de rougir et de l’aimer en secret, dans ma tête. Toutefois, c’est à propos de toi que je voulais discuter. J’allais sortir de la douche quand le trou m’a aspiré. J’ai senti mon corps devenir malléable, de la pâte à modeler. Et flop! J’étais là devant toi. De l’autre côté. À distance d’un baiser, ceux que j’ai cessé d’espérer vus la distance de nos âmes à des trillions de kilomètres d’éloignement. Tu pleurais de cette façon qui te rendait si belle. Même, le cœur de l’Épouvantable en aurait été bouleversé. Tu avais cette manière d’émouvoir avec tes grands yeux bruns fluorescents et tes larmes de cristal aussi démesurées que tes yeux eux-mêmes. Devant toi, j’errais. Sans pouvoir bouger. Je crois même que tu ne me voyais pas. Dans ce laps de temps incongru, je t’aurais serré dans mes bras pour toujours piétinant mon orgueil et toutes les saletés qui pourrissent la beauté des souvenirs. Tu t’imagines bien que je n’ai pas pu. Jessica s’est mise à rire de manière insatiable avant de m’embrasser dans un tableau mouvant de plus en plus embrouillé. Une roche qui tombait dans l’eau.

♦♦♦

Quand je me retrouvais de l’autre côté, ce n’était jamais comme la fois précédente. Un décor différent, des gens différents. Ce n’était plus un cauchemar, cependant, je devais toujours me taper ces maniaques de farfadets pour y accéder. La première fois que je t’y ai rencontré, tu devais avoir toi aussi quatre ou cinq ans. Tu tenais un téléphone dans ta main, l’air de savoir quoi dire, mais ce n’était que pour la photo. Tu n’avais aucune idée comment fonctionnait l’appareil. Tu ne savais pas que plus tard ce serait ma voix qui emplirait le récepteur qui mène à ton oreille. Tu ne te doutais même pas encore de ces fois où j’aurais à te dire : « je t’aime ». Avant de raccrocher rêveur, sans aucune crainte du futur. De mon côté, je n’avais aucune idée que ce rêve où je te voyais enfant deviendrait réalité et que cette photo avec le téléphone, je puisse la tenir physiquement dans ma main amalgamant le passé, le présent et le futur dans une suite illogique. À jamais illogique.

Mood musical: Yann Tiersen – C’était ici
Pilosité faciale: 6 jours
Taux d’amabilité: utopique
Taux de dérision: illusoire

h1

Les mouvances de la nuit

mai 3, 2008

Jour -233

J’ai rêvé que j’étais amoureux.
Vous savez ce que c’est. Avec une fille du bureau, une très jolie fille, pas du tout célibataire. De grands yeux bruns posés sur moi s’approchant au ralenti. Ses lèvres comme des monuments sacrés et les miennes, en offrandes à tous les dieux de la terre et même ceux de tous les pays des merveilles. Celui de Peter Pan ou d’Alice, peu importe s’il était imaginaire ou merveilleux. Les pirates se sont arrêtés de piller au moins quelques secondes, l’armée de cartes à jouer formait miraculeusement une main parfaite au poker.

J’ai rêvé aussi que j’étais perdu.
Dans une ville, en plein milieu du centre-ville de Karachi, entre un Pizza Hut et un Poulet Frit Kentucky. Je portais étrangement un chandail des Canadiens, celui de Langway qui jouait pour cette équipe en 1978, l’année de ma naissance. Probablement, le seul joueur de l’histoire des Canadiens à naître à Taiwan. J’étais un objet de valeur, un homme-objet. Mon propriétaire a eu droit à deux sacs de couscous et un ours édenté contre ma personne. Un ours édenté et dégriffé pour combattre contre des chiens affamés. Je n’ai jamais connu mon sort puisque ce n’était qu’un rêve. Tout ça ne pouvait être qu’un rêve. Beaucoup trop d’absurdités.

J’ai encore rêvé que j’étais amoureux.
Cette fois-ci, c’était avec toi. Tu étais maquillée de mystère, une vision incorporelle. Seulement de l’espoir et une sensation de bien-être. Nous étions dans une automobile, je conduisais et toi tu étais à côté de moi, côté passager. Tu n’étais pas attachée. Le toit ouvrant laissait le vent nous envahir, nous libérer de cet éternel enlisement qu’est l’amour routinier. Le destin aurait voulu que nous ayons un accident. Le destin aurait voulu que ce ne soit pas différent des autres voyages improvisés. Sur la route, les roues laissaient leur marque et un peu de leur odeur pour immortaliser notre passage. La destination n’était pas importante, je n’étais pas attaché non plus. Tu souriais en regardant l’invisibilité de l’horizon.

Mood musical: Clinic – Harmony
Pilosité faciale: 10 jours (victoire ce soir?)
Taux d’amabilité: songeur
Taux de dérision: nocturne