Posts Tagged ‘nuit’

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Les nuits effritées

octobre 3, 2009

Déporte-moi sur l‘archipel que creuse ton souffle irrégulier dans l’invisible contrée de tes soupirs. Je ne veux pas vieillir tout de suite, demain peut-être un peu. J’écrirai des phrases complètes d’homme sage, mais avant je veux m’enivrer de petits éclats d’exaltation. Je désire charpenter les nuages, me tremper dans le pourpre bleu du ciel à l’aurore au moment de la marée quand le cosmos recrache tranquillement, un à un, ses corps célestes. Ta nef s’élève, vogue comme la dernière rescapée de l’univers. Tes seins m’électrocutent, tes mains me déchargent, ton regard me déleste du doute d’exister.

Je m’attarde toujours au pourtour de tes nuées quand dans ton ombre je m’évade au plus gris violacé de la nuit, mélangeant des couleurs qui ne s’exhibent nulle part ailleurs. J’abrite en moi le reflet de ton astre dans le miroir de l’intangible. J’effrite les nuits saupoudrant un peu de poussière de toi sur l’immortalité de mes souvenirs.

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Les nuits effilées

septembre 6, 2009

J’ai cru en regardant l’horloge qu’il y avait des heures impossibles incrustées sous la chair numérale, entre les heures normales qu’on voit d’un coup d’œil. Des heures qu’on entend, mais qu’on ne voit jamais, qu’on ne saisit pas comme les borborygmes provenant de ton abdomen pendant ton sommeil. Pourtant, ça n’existe pas, ces choses-là, sinon dans les couloirs étanches de tes rêves où j’arrive à m’immiscer en m’accrochant solidement à ton lobe d’oreille, me recroquevillant juste assez pour me faire petit comme un bruit sourd. Je longe ton labyrinthe jusqu’à ce que j’arrive quelque part. Là, j’atteins au vol des rêves où je ne devrais pas apparaître. J’interromps le cours de tes songes.

Je leur impose des heures impossibles, mais tout au moins agréables. C’est alors que je réalise la fibre et l’ampleur de ton imaginaire. Étendu près de toi, j’écoute les dernières paroles inintelligibles de tes rêves avant de m’endormir pour de bon.

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Rabak

octobre 7, 2008

Jour -75

Je suis un loup aigri et je hurle aux lampadaires, ces bégonias embrassés qui se jouent de la noirceur vespérale. Ces acerbes valseuses qui ecchymosent la nuit, mille astres lunaires, lunatiques, mystiques. Je hurle à chacune, aussi tard soit-il et aussi nombreuses soient-elles, comme si elle était l’unique, la précieuse mélusine de mes eaux troubles et tourmentées.

Les rues sont évidées de chastes marcheurs balayés par un tsunami frisquet et automnal conduit par la brunante fiévreuse au regard vitreux. Ils restent les loups et les louches vagabondant de pas aveugles et feutrés noircissant le béton de leurs dessins parfois vils, parfois immaculés. Sans aucune crainte, car la nuit est bonne juge et aplanit les ombres biscornues.

Je hurle et je disjoncte de ma folie qui se décide à s’évaporer de mes pores. Mes veines comme des vaisseaux intersidéraux entamant une guerre des étoiles dans ce ciel triste de Montréal. Une guerre aux vastes lampadaires qui se profilent devant moi tels les ennemis à vents de Quichotte. Je m’enligne d’une soif démesurée de délivrances élimant les parois cahoteuses d’acier de ma soie dentaire édentée. Je hurle dans les oreilles des sourds, dans les oreilles qui veulent bien se surprendre. Je hurle « Timber! » avant que s’affalent les pourfendeurs, avant que dans un brusque fracas s’éteignent une par une ces tristes angoisses.

Mood musical: The Notwist – Trashing Days

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Nasir

septembre 27, 2008

Jour -85

— T’aurais pas du, qu’il déclame en me dévisageant drôlement pénétrant sans prévenir dans les profondeurs de mon regard.

— T’aurais juste pas du.

La nuit s’enfuit comme un renard frisé qui se nourrit de ce qu’il peut dans une ville beaucoup trop urbanisée, ce disant, « mais où est elle ma forêt grand dieu, putain d’arbre de béton ». La nuit s’enfuit comme ça si c’est légal de la laisser partir ou d’abuser de ce genre de figure de style un peu trop désabusée. Elle part ou nous traverse puisque nous sommes immobiles. Toi, écorniflant tous les recoins de mon regard pour essayer de trouver une signification à mon silence. Moi, médusé par l’événement qui ne cesse de tourner en boucle dans mon cerveau. Un vieux film en noir et blanc qu’on repasse au ralenti pour chercher les détails qui nous auraient échappés au moment précis où tout ça s’est produit.

— Laisse partir, qu’il se décide à ajouter.

Ne sachant pas trop s’il parle de la nuit ou d’une personne de chair, je garde toujours le silence. Je m’accroche pourtant à tout ce qui peut rester encore en vie, mais tout file entre mes doigts. Comment pourrais-je laisser partir quelque chose qui n’existe plus, qui n’a peut-être jamais existé? Le film qui repasse dans ma tête se ressemble d’une fois à l’autre, mais à chaque répétition on y voit une légère différence à peine perceptible. J’ai maintenant droit à une tout autre perspective. Fatigué je m’assois sur le béton, tu fais là même chose. L’alcool s’évade de nos corps peu à peu pendant que j’ouvre les mains pour laisser le bonheur s’envoler. Tu souris, soulagé.

— Il reviendra, ne t’inquiète pas.

Mood musical: Okkervil River – Our Life Is Not A Movie Or Maybe

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La marée

mai 19, 2008

Jour -216

La nuit comme tes pas qui résonnent encore en écho sur mon plancher trop bruyant. Ton regard imprégné dans la fibre de mes draps. Le matin et la pluie, le lilas et les mots invisibles que j’écrirais en secret dans ton dos. Un tiroir inondé par le ressac d’une mer aventureuse qui m’embaume de son parfum salin à travers les commissures de mon corps qui s’y baigne nu. L’empreinte de tes pieds cramponnée dans le plancher, des constellations de mer laissées à témoin.

Mood musical: Yann Tiersen – Monochrome
Pilosité faciale: 9 jours
Taux d’amabilité: océanique
Taux de dérision: salin

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Dehors! les chiens pas de médaille

avril 12, 2008

Jour -254

C’était la nuit quelque part sur la planète. C’était la nuit aussi dans ton cœur…

Un « toi » universel qui pourrait être n’importe qui, même au moment où tu te sentiras le plus concerné par ces propos, quelque part dans le recoin d’un continent tout autre, il y aurait ce toi encore plus impliqué émotivement. Pourtant, c’est à toi que j’écris ces lignes, pour que tu te sentes moins seul quelques instants.

La nuit noire de trouille comme le sentiment d’échec de retourner seul à la maison, trop souvent, la plupart du temps. Tu n’en voudrais à personne d’autre qu’à toi. Ce moment de vive lassitude serait le fruit d’un trop grand renfermement. Une peur constante de rejet, une incertitude maladive d’être l’éternel étranger dans une ville d’étranges.

Il y aurait tout le temps ce doute ambivalent passant du moins que rien au très puissant. Un regard qui basculerait constamment entre plongée et contre-plongée sans passer par le regard direct « yeux à yeux », ce qui devrait être la norme. Tu aimerais trop ton passé pour t’en complaire même, le comparant à ton échec actuel, une étude comparative de ta vie. Je te dirais que la vie n’est pas un cours d’université, à la limite tu pourrais la comparer à un chien sans médaille. Une comparaison extrêmement boiteuse, mais qui me ferait sourire. Si j’arrivais à te faire sourire par la même occasion, il y aurait quelque part dans un éclair de lune la rencontre de deux âmes égarées. On entendrait, en voix hors champ, un aboiement gueuler avec hargne : « Dehors! les chiens pas de médaille». La nuit nous appartiendrait beaucoup plus qu’à eux. Noir comme les yeux fermés quand je t’embrasserais, dans une dernière danse après le last call. Perdus dans les rues voilées avant la première percée du jour. La rosée sur le bout de ton nez et l’ombre de ton dernier verre dans ton être chancelant.

Mood musical: Foals – Olympic Airways
Pilosité faciale: 6 jours
Taux d’amabilité: ambigu
Taux de dérision: chancelant

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Si c’était ça

mars 3, 2008

Jour -294  

Ce ne serait pas si simple.
Il n’y aurait pas vraiment de certitudes.
On nagerait dans un malaise et la nuit noire n’aurait pour effet que de nous engouffrer encore plus.
Tu regarderais par terre, juste pour voir si c’est encore solide, si ça nous porte un peu. Les voitures ne passeraient plus vraiment et si elles le faisaient ce serait totalement superflu, seulement pour la forme.

Les murs s’effriteraient à leurs passages et la poussière de brique t’aveuglerait un petit peu, juste pour dire, quelques larmes. Tu m’en voudrais et moi je m’en foutrais parce que c’est plus simple de s’en foutre que de se sentir coupable pour pas grand-chose.

J’en aurais plein les poches de la neige, pour t’en faire un bunker, seulement pour la nuit. Le temps de se débrouiller, de ne pas mourir tout de suite.

Et les métros, qui grouilleraient sous notre lit à même le sol, si l’on y faisait attention et qu’on collait notre oreille sur l’asphalte gelé, on pourrait y compter les secondes qui nous séparent du néant.

Mood musical: Brahms – Concerto for Violin and Cello
Pilosité faciale: 3 jours
Taux d’amabilité: itinérante
Taux de dérision: à même le sol