Posts Tagged ‘labyrinthe’

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Les nuits effilées

septembre 6, 2009

J’ai cru en regardant l’horloge qu’il y avait des heures impossibles incrustées sous la chair numérale, entre les heures normales qu’on voit d’un coup d’œil. Des heures qu’on entend, mais qu’on ne voit jamais, qu’on ne saisit pas comme les borborygmes provenant de ton abdomen pendant ton sommeil. Pourtant, ça n’existe pas, ces choses-là, sinon dans les couloirs étanches de tes rêves où j’arrive à m’immiscer en m’accrochant solidement à ton lobe d’oreille, me recroquevillant juste assez pour me faire petit comme un bruit sourd. Je longe ton labyrinthe jusqu’à ce que j’arrive quelque part. Là, j’atteins au vol des rêves où je ne devrais pas apparaître. J’interromps le cours de tes songes.

Je leur impose des heures impossibles, mais tout au moins agréables. C’est alors que je réalise la fibre et l’ampleur de ton imaginaire. Étendu près de toi, j’écoute les dernières paroles inintelligibles de tes rêves avant de m’endormir pour de bon.

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Il n’y a pas de Lapin dans cette histoire…

mai 6, 2009

Je me suis introduit dans ton univers. J’ai fissuré le mur invisible et j’ai balancé des pièces qui tombaient parfois sur pile, d’autres fois sur face. Je les ai regardées rouler sur le plancher, de ton côté du mur. Les pièces prenaient formes et je les voyais rouler sur ce plancher dévié par les cafouillis du temps. Je les ai vues se relever, devenir quelque chose, s’approprier un véhicule qui semblait inimaginable de prime abord. Je cite ici quelques exemples en une liste non exhaustive :

1. Un chat, maître en kung-fu.
2. Un nénuphar au beau milieu du couloir dans un petit bassin.
3. Un parapluie, sinon deux dans un porte-parapluies.
4. Un roman incomplet de Dan Brown.
5. Un bol de Jell-O aux framboises.

La liste n’avait aucune utilité, sauf peut-être celle de faire comprendre à qui le veut bien, que tout était possible. J’ai soudainement eu cette crainte Lili. Cette crainte que si je pénétrais ton monde, il en serait ainsi de moi, laissé aux embarras du hasard. Loin de moi, l’idée de penser qu’au contraire tout était en fait entre mes mains. Une fois de ton côté, puisqu’il le fallut, il ne se passa rien de moi. J’étais tout homme, dans la mesure où je l’étais déjà avant.

Il y avait ce miroir, mon visage. Il y avait ce miroir et mon visage imparfait. Tout était possible, alors il y eut mon visage différent. J’aurais aimé rester moi-même, mais aurais-tu voulu de moi Lili? Et il y avait cette porte, mon cerveau qui ressasse toujours les mêmes histoires en un hoquet attendu.

Je suis mon propre Labyrinthe et Lili ma foi, tu en es la sortie.

Animal Collective – Lion in a coma

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L’appartement?

avril 25, 2009

Je ne sais pas si je suis au bon endroit, parfois les murs s’effondrent et se rebâtissent ailleurs; les gens s’entrecroisent sans se voir. J’ai de la difficulté à croire qu’on puisse appeler ça un appartement, bien que je sois prêt à laisser le bénéfice du doute au propriétaire. Si vous voulez savoir, je ressens cet endroit comme un labyrinthe en constante évolution. Quelque chose d’organique ou de chimiquement désarticulé. N’empêche que les nuits y sont apaisantes et je sombre souvent dans les dédales de mes fantasmes inavoués. Je ne suis pas sûre d’être seule à y vivre, car parfois j’entends des échos féminins à travers les murs. Ça ne me surprendrait pas vraiment, puisqu’il y a tellement de portes closes que je n’ai encore su ouvrir. Il ne faut surtout pas se poser trop de questions quand on a peur des réponses de toute façon. Je pense un peu comme ça.

Lui, je le croise souvent, il semble s’esquiver chaque fois dans sa chambre quand je longe le couloir, pourtant je l’observe souvent dormir. Il est le seul à laisser sa porte ouverte durant la nuit. Hier, j’étais avec Joe, un amant de passage, car tout le monde sait que de toute façon : Joe, le taxi c’est sa vie. Je l’ai senti nous épier quand nous sommes passés, je l’ai entendu respirer, soupirer, penser même comme si j’étais moi-même impliquée dans cet exercice. Je l’ai tellement ressenti que Joe s’en est rendu compte et s’est sauvé un peu contrarié.

Je n’ai pas dormi de la nuit et, durant mon insomnie, je suis allée l’observer, j’ai même poussé l’audace jusqu’à m’immiscer dans son lit et me lover contre lui. Il ne s’est pas réveillé et parlait durant son sommeil. Je l’ai entendu raconter des histoires confuses à propos d’une fille aux cheveux liquides ou quelque chose comme ça. Je ne sais pas si je suis au bon endroit, je ne sais pas comment je m’appelle. Si j’avais le choix, je serais Lilith. Je trouve ce nom mystique.

Bat For Lashes – Daniel