Posts Tagged ‘fenêtre’

h1

Le (doux) mois des morts(-vivants)

novembre 8, 2009

J’ai regardé par la fenêtre, le ciel bleu tiraillait les branches nues pour s’imposer à ma rétine. Le soleil était là, quelque part, hors de mon champ de vision. Le cadre d’une fenêtre nous impose souvent, par sa position, une image redondante de la vie. Il y avait novembre qui s’imposait lui aussi de par ses doigts froids et rachitiques. Ce novembre qui nous étrangle et nous fait perdre le souffle, qui nous écrase très près du sol et nous restreint de lumière.

Des parties de toi étaient disséminées aux quatre coins de l’appartement comme si la nuit avait été un champ de mines. J’ai fait du café, repensé à la position des astres pour m’orienter dans cette nouvelle réalité. J’ai bu du café, rassemblé les lambeaux de ton souvenir pour me faire une image de toi quasi présente. Il n’y a plus de doute, il y a dans ton absence un parfum d’impatience; le parfum du retour.

Quand je n’ai plus eu de café, je suis allé affronter novembre avec dans le revers de mes habits l’étreinte du souvenir. Il n’avait rien de menaçant, sinon l’écho d’un hiver dans son vent barbelé. J’ai vu dans le Soleil qui tombait à vu d’œil : le sentiment de chute libre, l’excitation de l’inconnu, l’étourdissant retour des possibles. J’ai fracassé ma boule de cristal sur les murs du hasard, j’ai laissé les morceaux incruster ma chair. J’ai souri pour tout et rien (surtout rien), humant dans l’air frais de Montréal la certitude de ton retour.

Publicités
h1

Immédiateté

mai 2, 2009

Je suis discrète, mais j’ai le pôle Nord en moi et les changements climatiques me font déborder. Cet effet n’arrive pas souvent, mais quand je te vois c’est un peu comme ça. J’ai l’impression de n’avoir jamais vécu, de n’avoir jamais été gamine, de n’avoir joué qu’avec les corps. Ceux volatils qui ne restent pas, qui me fuient comme si je ne connaissais que l’immédiateté des moments. La profondeur vers le futur et le passé m’est inconnue, sauf que j’arrive à l’imaginer un peu quand tu es à proximité, même si je ne te connais pas, même si je ne t’ai jamais parlé. Je t’ai vu pénétrer cette porte, je t’épiais encore. Ça ne me suffit plus.

Tu as fermé la porte derrière toi et je me suis tout à coup sentie tellement seule. J’ai voulu te suivre pour t’étreindre, ne pas te laisser partir cette fois-ci. La porte close ne semblait pas verrouillée, mais la force d’un vent plus fort que moi semblait vouloir m’empêcher de pénétrer. Étrangement, il y avait sous la porte la lueur du soleil qui me réchauffa les pieds. Par dépit, je me suis rabattue sur la porte adjacente, en espérant qu’elle soit communicante.

C’était une chambre dépouillée d’artifices avec une grande fenêtre qui donnait sur un parc. Sur le rebord de celle-ci, des violettes africaines qui survivaient là, poussées par une volonté propre d’exister, envers et contre tous. Sur la table de chevet, un papier intrigant que je ne pus m’empêcher de lire. C’était un poème étrange sur l’hiver, enfin un extrait. Je te vis par la grande fenêtre et j’eus une envie folle de te l’écrire sur le corps. Je criai par la fenêtre pour que tu m’entendes, pour que tu saches que j’existe. Tu te retournas, et, figé, tu me vis. Les bourgeons n’étaient plus que des souvenirs, les feuilles ornaient fièrement les arbres allumés

Patrick Watson – Tracy’s waters

h1

Fenêtre sur la nuit

février 27, 2008

Jour -299

Dehors, la nuit s’agrippe aux vitres de mon appartement, laisse place à une vision fumée du monde. Le cadrage blanc se décadre, se dévergonde dans une danse transitoire avant de se figer pour de bon, d’un peu n’importe quelle manière, dans une pose à la Dali, un visage sur l’ennuie surréaliste. J’aime quand elles me font ça, ces magouilleuses, ces joueuses d’espaces. J’ai l’impression qu’elles font ça pour le spectacle, d’un vicieux plaisir elles m’offrent la nuit déformée.

De par mes vitres, l’arbre qui tronçonne le ciel n’est qu’un pâle exemple de ce qui s’anime. À travers ce hublot de lumière, des corps qui s’épousent pour se délaisser, se crier des mots que je n’entendrai jamais. Par contre, je vois leurs reflets s’extasier dans la pièce, se mélanger aux cris du silence. Gêné de regarder, je laisse mes yeux s’inonder d’images, celles dont je n’ai pas droit.

De l’autre côté, le froid s’angoisse de ne pas me posséder moi qui suis bien au chaud. Moi qui épie, d’un voyeur plaisir, le téléviseur sur le monde, une empreinte sur la rétine. Et si ce n’était que le passage de mon regard entre la fiction et la réalité, un inconnu habillé de mes vêtements, la triste réplication de mon visage maquillé. J’éteins cette vision d’un seul bouton sur une télécommande sans piles. L’envie s’endort sur mon lit pendant que j’essaie de songer à ce qui n’existe pas, mais sans succès.

Mood musical: Mercury Rev – Vermillion
Pilosité faciale: 3 jours
Taux d’amabilité: surréaliste
Taux de dérision: fictif