Posts Tagged ‘désert’

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Lagawa

septembre 20, 2008

Jour -92

Sur le dos d’une bourrique déambulant dans un Montréal en suspension comme une île au niveau de la Terre, une île en orbite, une lune camuse, une crêpe au visage narquois. Le corps faisant de l’ombre au Saint-Laurent qui nous chatouille le cul par en dessous tel un bidet imprécis, perfide et colérique.

Un vélo qui brait de sa chaîne rouillée, s’émeut à chaque tournant trop serré, s’excite à en jouir quand il inflige des plaies béantes aux BMW qui lui font de l’œil. Le jour, la nuit et encore moins… Malhabile, instable, insatiable. Une bourrique qui devient quasi dieu quand je la chevauche. Un dieu lancinant et toussotant dès lors que j’y mets un peu de pédale. Montréal se transmue en désert et ses rues en enfants de sables.

Une pelure d’orange sous ses roues tranchantes dépêtrant le zeste de ses pores. L’air imprégné d’un parfum épicé. Lui et moi roulant, roulant sans cesse vers l’avant traversant une nouvelle saison. La nuit, le jour et encore moins… toujours un peu moins. L’automne, la vraie, non celle déguisée en fin d’été. L’automne, la dernière saison de mon raid, que j’envahis sans prémices, l’âme déchargée, six coups tirés dans le vide. Aux bonheurs des feuilles mortes qui trépassent de leur belle mort peuplant ce charnier de sable jaune-orangé.

Mood musical: The Doors – Break On Through

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Bogotito!

juin 15, 2008

Jour -189

Bogoto. Ne me laisse pas comme ça ici dans un pays que je ne connais pas. Tu m’avais promis ta grand-mère le dimanche après-midi et le buffet garni d’enchiladas, de pozole et de molle poblano. Il y aurait eu la fête, les enfants qui courent dans tous les sens pour saisir le coq qui s’imaginerait la fin des haricots, comme dans un film de Guillermo Arriaga. Je m’imaginais déjà danser jusqu’au matin, propulsée par tes bras, guidée sur des danses que je ne connais pas.

Bogoto, Bogotito! J’avais vu dans les ridules sur le bord de tes yeux, tes pattes-d’oie, de la poussière de désert chaude et aride, ton haleine piquante dans mon cou, des papillons d’épines. Bogotito, parle-moi de ta voix desvergonzado, redis-moi les mots que tu me lançais salacement pour que je m’inonde, pour que je mouille ton desierto. Je me souviens d’avoir crié ton nom dans la nuit Bogoto, Bogoto, Bogotito, je me rappelle la tequila qui coulait sur mon corps et de ta langue râpeuse qui me déshabillait de cet alcool chaud qui émoustillait tes sens et les miens. Je me sentais chienne et femme, dominatrice et soumise en alternance au ritmo de tes gestes déstabilisants.

Je ne veux que ça, toi dans la nuit, homme de ma vie. Suis-je trop blanche, trop pâle pour tes désirs basanés? Ce n’était qu’une nuit? Tu as été manipulé par l’alcool qui te fait dire de belles choses, sans réfléchir? Bogotito, reviens-moi! Il fait froid la nuit dans ce désert, je ne peux plus bouger, mon cerveau continue de rouler comme ta vieille chatarra. Reviens-moi, tout de suite. Les chiens de l’enfer lèchent déjà mes plaies brûlantes de tequila. Et j’inonde le sable rocailleux de ma honte et de mes espérances bafouées. Tu m’avais promis ta grand-mère le dimanche après-midi… justement, samedi s’enfuit avec toi vers je ne sais où.

Mood musical: Fleet Foxes – Tiger Mountain Peasant Song
Pilosité faciale: 8 jours
Taux d’amabilité: aride
Taux de dérision: salace

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l’aveu

mars 25, 2008

Jour -272

Il marchait dans un désert quand il crut t’apercevoir.
Tu me dirais si tu étais encore là, qu’il n’y a pas de désert dans Montréal. Jadis, j’aurais pu te croire, quand il était encore temps. Maintenant, je suis ici avec lui, les pieds qui me brûlent de l’intérieur et le sable à perte de vue. Le Sahara je ne l’ai jamais vu, mais je peux très bien me l’imaginer. Il me pointe cette femme, il me montre le corps dénudé et le sable de sa bouche. Sa bouche qui disperse par sa mort autant de grains de sable que de souvenirs à effacer. Tu me dirais si tu étais encore là, que ça te fait penser au film de Gondry, celui avec éternelle dans son titre comme l’écume d’éternité qui sort de ta bouche, parce qu’autant lui que moi savons que cette femme, c’est toi.

Cette chambre d’hôtel, qui n’est maintenant que poussière, il ne peut l’expliquer. Il voudrait lui trouver une raison logique, mais la logique fuit par tous tes membres, par mes doigts également. Je tente de lui rappeler l’homme sur le banc, le papier photocopié, le message sur le mur. Il ne veut rien entendre, il ne saisit plus rien. Ma diversion, mon crime imaginaire pour t’oublier. Ce scénario pour me décharger de cette culpabilité. Il s’en va, ce n’était qu’un témoin, parce qu’il en fallait un, parce qu’il n’en fallait qu’un. Et dans l’horizon, je le vois se fondre au désert, immobile en plein milieu d’un Montréal imaginaire qui nous appartenait. Je m’en vais de la même façon, je ne reviendrai plus dans cette partie de ma ville que je déserte pour toujours. Je m’en vais et je te porterai sur un mur comme un tableau de Dali.

Mood musical: Damien Rice – 9 crimes
Pilosité faciale: 3 jours
Taux d’amabilité: avoué
Taux de dérision: en boucle

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Des mirages

mars 10, 2008

Jour -287 

Il marchait dans un désert quand il crut t’apercevoir.
Tu me dirais, si tu étais encore là, que dans les déserts on ne voit que des mirages. Je n’aurais pas eu de difficulté à te croire, puisque déjà de sa bouche ton portrait semblait flou, un peu comme ta photo juxtaposée au mensonge. Je lui ai parlé de ses images qui trompent l’œil dans sa mémoire rétinienne. Je lui ai parlé de ça pour meubler le vide de la conversation parce que dans les circonstances ni lui ni moi n’en doutions.

C’était une photo dans un fond d’écran. C’était celle en noir et blanc où tu tenais une bière, le regard dans le vide, l’air mélancolique. Je crois que tu ne l’as jamais terminé cette bière, elle traînasse encore quelque part dans le fond de nos mémoires. Elle n’aura saoulé que mon regard à force d’y poser les yeux dans l’espoir d’un retour inespéré. Les enquêteurs t’ont déjà enfermé dans un tiroir avec la photo, un peu de poussière et, à bien y penser, une partie de moi.

Il me raconta de voix d’homme, de voix de sagesse la scène qui décrivait la femme que tu n’étais plus. La position de ton corps face à la violence de l’inexplicable. Ton corps si vivant dans mon esprit que je pouvais encore y compter les ridules de ton sourire, le souffle chaud de ta fausse naïveté. Parce que c’était ton moyen de survie, ton moyen de défense vis-à-vis du monde, ta bouche de petite fille remplie de mots d’adultes. Il me raconta les détails, mais je n’écoutais plus, machinalement mon cerveau avait décidé de nier, lui expliquant à répétition que dans les déserts on ne voit que des mirages et que tu le pensais toi aussi.

Mood musical: Explosions in the sky – Have you passed through this night?
Pilosité faciale: 4 jours
Taux d’amabilité: dans les tréfonds
Taux de dérision: dénégation