Posts Tagged ‘automne’

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La Montagne Fragile

septembre 12, 2009

Pourrais-tu me couper en mirepoix la cime des arbres pour qu’on abreuve le ruisseau de délectables ornières forestières? On dégusterait à même la montagne, assis sur notre trône de géants, la forêt vaste et charnue tel un festin de dignitaire. Laissant aux bourrasques le destin de nos chevelures impériales léchant déjà le pourtour des stratus dégourdis. Ceux-ci qui passent sans plaidoyer aux innombrables frontières qu’on s’impose d’ordinaire.

Pourrais-tu m’embrasser brusquement à tel point que je m’imagine englouti par la faille de San Andreas, avalé par tes lèvres tectoniques? Je ne jurerais que par la dégringolade fantastique à l’intérieur de toi, sur mon toboggan envouté, sur les neiges éternelles de ta gorge qui conspire l’envie et l’envie. Telle une lampée de vin, comme la première gorgée de bière, me laissant séduire par l’infini, candide et hardi.

Veux-tu venir avec moi cueillir des pommes ou des poires, tout simplement? S’endormir dans un verger bercé par l’automne qui décuple mes sens d’une drôle de façon. Qui s’empare de nous et projette en notre honneur, sur le retroussis de la Voie lactée, un film de Tarantino.

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Lagawa

septembre 20, 2008

Jour -92

Sur le dos d’une bourrique déambulant dans un Montréal en suspension comme une île au niveau de la Terre, une île en orbite, une lune camuse, une crêpe au visage narquois. Le corps faisant de l’ombre au Saint-Laurent qui nous chatouille le cul par en dessous tel un bidet imprécis, perfide et colérique.

Un vélo qui brait de sa chaîne rouillée, s’émeut à chaque tournant trop serré, s’excite à en jouir quand il inflige des plaies béantes aux BMW qui lui font de l’œil. Le jour, la nuit et encore moins… Malhabile, instable, insatiable. Une bourrique qui devient quasi dieu quand je la chevauche. Un dieu lancinant et toussotant dès lors que j’y mets un peu de pédale. Montréal se transmue en désert et ses rues en enfants de sables.

Une pelure d’orange sous ses roues tranchantes dépêtrant le zeste de ses pores. L’air imprégné d’un parfum épicé. Lui et moi roulant, roulant sans cesse vers l’avant traversant une nouvelle saison. La nuit, le jour et encore moins… toujours un peu moins. L’automne, la vraie, non celle déguisée en fin d’été. L’automne, la dernière saison de mon raid, que j’envahis sans prémices, l’âme déchargée, six coups tirés dans le vide. Aux bonheurs des feuilles mortes qui trépassent de leur belle mort peuplant ce charnier de sable jaune-orangé.

Mood musical: The Doors – Break On Through

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Transe

août 16, 2008

Jour -127

À la poursuite… de je ne sais quoi.
D’un septembre rouge ou vert qui se pointe au loin, les bras pendants, les saules pleureurs. La table est mise et le vin repose attendant tes lèvres d’automne, tes habits équinoxiaux. Je n’ai plus de repères, sauf celui de tes yeux dans la nuit qui tournoie sur eux-mêmes, sur une piste de danse, t’effeuillant tranquillement, lascivement pour une poignée de dollars.

Mood musical: Sigur Rós – Gobbledigook
Pilosité faciale: 11 jours
Taux d’amabilité: fuyant
Taux de dérision: inodore

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Ruelle

juillet 30, 2008

Jour -144

Dans la ruelle, le crépuscule décape les arrière-cours de ses rayons qui s’immiscent entre les minces et rares interstices qui séparent les immeubles entassés. Fuyard sur ses dernières minutes de labeur, l’astre du jour décampe comme un mal élevé. Les gamins devront se contenter de ces timides ampoules qui ornent la façade arrière de certains bâtiments pour terminer leurs jeux inventés. Leurs cris n’en seront guère tamisés jusqu’à ce que s’épuisent les troupes ou que la mère la moins conciliante s’empare de son cadet le harponnant prestement par l’arrière du collet.

De mon balcon, je vois la nuit qui s’effrite en particules lumineuses et la ruelle déserte qui abandonne son dos vierge aux astres séraphiques. Il me semble qu’il n’y a pas si longtemps, je rêvais encore de ces étés de congé sans fin qui s’étalait sur des mois entre les pages éventées de nos calendriers scolaires. Que je m’endorme sur ces souvenirs, une coupe de rouge à la main, pour oublier que les journées d’été m’épuisent autant maintenant que ce triste automne qui me rend vaste et nostalgique.

Mood musical: Bowerbirds – In Our Talons
Pilosité faciale: 8 jours
Taux d’amabilité: nostalgique
Taux de dérision: éventé

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Point de départ

janvier 1, 2008

Ce matin-là, il me vint à l’esprit d’engendrer une quelconque suite logique qui permettrait de matérialiser mes angoisses, mon bonheur… et mon imaginaire. Depuis plusieurs années, j’ai dans la tête ce désir de créer par les mots. Mon but ultime : démarrer un projet d’écriture à l’aube de mes 30 ans. Comme il ne reste qu’un peu moins d’un an avant cette ligne à la fois de départ et d’arrivée, j’ai conclu un pacte avec mon âme. Ce pacte est en fait de réaliser le compte à rebours des jours qu’il me reste avant la trentaine sous la forme d’un carnet. Une année de pratique qui je l’espère me permettra de me rendre compte si mon but est atteignable et surtout si j’ai vraiment envie d’écrire.

Cette aventure ne concerne ni l’hiver et encore moins Khartoum. Il ne sera pas non plus question de Boris Vian et de son Automne à Pékin, bien que l’ombre de ses mots pourrait bien transparaître dans les miens. C’est ici que je commence, à nu, en espérant que ce parcours me donnera des armes et de l’inspiration. Quant à vous, je vous souhaite du plaisir et plusieurs fruits à « croquement constant et jutement aléatoire » (on n’en a jamais trop).

Jour –355 de mon constat avant le point de non-retour de mes 30 ans.