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Sur les toits

avril 9, 2008

Jour -257

On l’aura appris à nos dépens. Ce n’est pas toujours prudent de sauter d’un toit à l’autre comme dans les films. Il est vrai que sur la rue les immeubles sont collés alors il y a peu de chance de tomber dans le vide. Il demeure que certains immeubles ont deux étages et d’autres trois, c’était probablement ce défi qui rendait le jeu intéressant. Le but, tu le sais, à la base c’était de se sentir libre.

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Tu te souviens de Mathilde, elle a pris l’avion pour l’Argentine. Je connais vaguement l’Argentine. Par contre, je me rappelle ce documentaire qui parlait de Menem et de la révolte populaire de 2001. J’ai souvenir d’avoir vécu certaines frustrations à la suite de ce reportage. Je crois que je suis trop émotif. Tout ça pour dire que j’aimerais bien le visiter ce pays. Je discutais parfois sur Internet avec un petit Argentin, c’était un poète, un vrai. Il était vraiment surprenant en français. Mathilde, elle, te déteste toujours autant. Il est vrai que ce n’était pas fort de ta part de coucher avec sa meilleure amie. Tu avais beau être saoul, ça ne se fait pas. Je dirais même que c’est beaucoup trop cliché. Ça manque énormément d’originalité. Tu étais quand même fiancé. Je sais bien que ça ne veut plus rien dire de nos jours. Les couples se fiancent et ne se rendent jamais beaucoup plus loin. On dirait qu’ils s’imaginent qu’en se fiançant, soudainement, la relation va devenir magique. Selon moi, ce n’est pas quand le couple va mal qu’on doit se fiancer, c’est quand il va bien. Moi et ma morale à trois sous, tu vas me dire que ça doit être pour cette raison que je suis encore célibataire. Il faudrait vraiment aller prendre une bière… Elle remonte à loin la dernière.

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N’empêche qu’on était relax, sur ces toits. Je me serais arrêté de courir sur celui juste en face de mon appartement, je le vois de mon troisième en ce moment. Celui avec la façade portant un emblème incrusté dans la brique où il est gravé F\C. Je me serais arrêté juste pour écrire. Je trouve ça tellement inspirant la sensation du vide urbain tout autour de moi, j’aurais traîné mon portable pour écrire n’importe quoi. Peut-être, écrire une histoire sur une Mathilde ou pour parler un peu de l’Argentine, même si je ne connais que vaguement. Pourtant, on a continué à courir, à se prendre pour Spider-Man. Rendu au bout c’était Bellechase. Il n’y avait pas d’échelle pour descendre et les agents de police nous faisaient signe pour qu’on se rende compte qu’on n’avait vraiment pas d’affaires là. C’est là que tu as dit : « Putain, cette petite balade sur les toits valait bien une nuit en prison ». Je n’ai rien répondu, mais je voyais au loin que les pompiers arrivaient avec leur grande échelle. On est partie à courir en sens inverse riant comme des cinglés, jusqu’à Beaubien. Là, on était vraiment dans la marde. On venait tous les deux de se faire larguer par nos blondes respectives. Les feux de circulation sur le coin de Christophe-Colomb et Beaubien venaient de tourner au vert dans le sens nord-sud. Tu avais un sourire immense imprimé sur le visage un peu comme celui du Dalaï-lama. Si au moins on avait fait ça pour le Tibet.

Mood musical: The Dodos – Winter
Pilosité faciale: 4 jours
Taux d’amabilité: Tibétain
Taux de dérision: surélevé