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Les courants d’air

avril 6, 2008

Jour -260

J’ai longé Christophe-Colomb jusqu’au bout, jusqu’à ne plus pouvoir. Rendu là, j’étais face au parc Laurier, ses deux bras grands ouverts. Il ne m’en voulait pas de l’avoir délaissé pour l’hiver. Je lui ai souri comme on sourit à un vieux chum qui nous a manqué. Il voulait que je vienne lire sur un de ses bancs. J’aurais bien aimé, lui ai-je dit, mais ce n’est pas encore assez doux. Il a compris, dans la mesure qu’un parc peut comprendre un homme. J’ai fait le tour rapidement parce que le vent m’agaçait. J’ai eu le temps de déballer quelques souvenirs estivaux, juste un peu. J’en avais besoin.

En chemin, il y avait cette petite fille en patin à roues alignées. À peine plus grande que ses patins qui semblaient démesurément grands vu sa petitesse. Sur un trottoir fraichement dénudé de l’hiver, gercé en profondeur, chaque carré de béton était un défi toujours aussi grand. Ce champ de bataille n’enlevait rien à son sourire qui, bercé par le soleil, lui donnait un air angélique. Elle aurait probablement marché plus vite, mais pourquoi marcher quand on peut conquérir Saint-Denis, petit à petit, du haut de ses huit petites roues vacillantes. Dans sa grande quête, je lui ai laissé tout l’espace de trottoir. Elle m’a dit : « Merci monsieur ». J’ai pris un coup de vieux, j’ai failli sortir mes cartes, lui dire que je n’avais pas encore 30 ans. Sa mère qui la suivait de près grillait une Export ’A’ bleu qui noircirait ses poumons de 26 ans. J’avais sans aucun doute dormi trop longtemps.

Quand je suis rentré chez moi, j’ai ouvert la porte du balcon en avant. Mon chat alerte au bruit des oiseaux, les yeux grands ouverts comme deux planètes Terre et les oreilles tendues vers le ciel bleu, me remerciait de le libérer de cette réclusion hivernale. Les courants d’air qui passaient d’un bout à l’autre de mon appartement charriaient avec eux les derniers dépôts de noirceur. Sur mon balcon, le tapis vert était sec. Il n’y a plus aucune parcelle de neige. J’entendais en écho le bruit des pelles qui délivraient Montréal de son dernier fardeau.

Mood musical: Karkwa – Le compteur
Pilosité faciale: 1 jours
Taux d’amabilité: ensoleillé
Taux de dérision: vulnérable