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Planète Sauvage

novembre 22, 2008

Jour -29

On m’avait vu au Coyote ce matin-là. J’avais demandé du pain blanc, des œufs brouillés et du bacon. Du moins, c’est ce qu’on me remémore, car je n’ai souvenir de rien. En me disant ça, la serveuse me regarde droit dans les yeux : « Oui, tu étais là ! J’en suis sûr. J’ai lu ton billet Marguerite. C’était ma première journée, je ne pouvais pas oublier cette dame qui posait autant de questions. »

Comment lui expliquer que c’était de la fiction et qu’en fait je n’avais jamais mis les pieds au Coyote avant aujourd’hui? Elle était persuadée de m’avoir vu. Je gisais dans ses souvenirs fabriqués et dans le fond ça me touchait un peu de m’être virtuellement incrusté dans sa tête. Je n’ai rien dit, j’ai fait comme si j’étais un client de longues dates, je lui ai redemandé du café avec le sourire avant de m’enfermer dans mon livre.

Pendant ma lecture, une phrase a captivé mon attention : « Je suis sorti sur la rue, le vent du printemps me giflait comme un hiver trop long. » Je l’ai relu plusieurs fois en me disant, tout compte fait, qu’elle collait bien avec ce matin. L’hiver se donne beaucoup trop d’aise et s’étend autant sur le printemps que l’automne. J’ai extrapolé et je nous ai vus dans un pays n’admettant qu’un hiver et un été. Pour ensuite pousser l’idée jusqu’à ne concevoir qu’un hiver éternel; à quelques glaçons de réadmettre l’idée d’une ère glaciaire. Quand la serveuse m’a remis l’addition en y incluant son numéro de téléphone, je me suis juré de la rappeler avant que Montréal redevienne une île de glace et que je me retrouve cryogéné par ma solitude.

Mood musical: Plants & Animals – Mercy

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