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1545, rue des Écoulis

novembre 8, 2008

Jour -43

Un jeune homme vivait au 1545 de la rue des Écoulis. La nuit, dans cet appartement, il faisait noir comme dans un tombeau parce que l’homme n’avait jamais pris le temps de changer les ampoules de ses luminaires et qu’avec les années, il n’en resta aucune d’assez téméraire pour survivre à la modernité de l’obscurité. On dit que la lumière est spécifiquement réticente au changement contrairement à l’obscur qui se remet toujours en question. Le jeune homme lui n’en avait rien à foutre.

Après tout, il vivait au 1545 de la rue des Écoulis et cela lui suffisait. Il n’était pas très exigeant, payait son loyer, lavait son plancher sporadiquement. Ce n’était pas un jeune homme très intelligent, ni très débrouillard, mais il était très gentil. On ne pouvait pas lui enlever ça. Il était toujours le premier à se proposer pour aider. Ce qui faisait en sorte que son parcours, qui durait habituellement quinze minutes entre le métro et chez lui, devait être multiplié par cinq chaque soir.

Un jour, on lui apprit qu’il ne vivrait plus au 1545 de la rue des Écoulis. Restructuration urbaine, limogeage immobilier; son numéro avait été tiré à la grande loterie du désespoir. Depuis ce soir-là, il déambule sur la rue des Écoulis du nord au sud et du sud au nord. Il traîne son sac à dos et sa chaise préférée. Tous les gens qui connaissent moindrement ce quartier, savent que la rue des Écoulis est une des plus longues de la ville. C’est comme ça. Il n’y a pas grand-chose à rajouter sur ce jeune homme. Hormis peut-être le fait qu’un matin, on retrouva sa chaise vide sur le rebord de la rue et puisque ce n’est pas typique d’en retrouver là pour d’autres raisons… les éboueurs s’en sont chargé. On ne peut pas leur en vouloir.

Mood musical: Coeur de Pirate – Fondu au noir

2 commentaires

  1. Triste un peu.
    Cela fait penser au recueuil” Lignes aériennes ” de Pierre Nepveu. Le grand déportage. Il est vrai que tous ces gens à la rue ont un passé antérieur à leur situation. On l’oublie parfois.

    Merci pour cette jolie finale. Une chaise comme un dernier fragment de vie, d’histoire. C’est dans le roman ” Nikolski ” je crois, que l’on parle de vestiges d’existence mis à la poubelle, je rigole, mais voilà, merci.


  2. Je connais Pierre Nepveu uniquement par son poème « Le Solstice » emprunté par Karwa pour une de leurs chansons. J’aimerais bien le découvrir un peu plus.

    Nikolski quel roman formidable.



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