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Water From the Same Source

mai 17, 2008

Jour -220

Crissement de pneu.
Les phares qui éblouissent tes yeux, un réveil brutal dans la pénombre de Montréal. Les pieds d’Alex en plein milieu d’une rue qui ne lui cédait pas le passage, le feu rouge comme témoin. Alex, tu as encore trop bu, tu ne regardes pas ce que tu fais. Ta vie c’est un escalier roulant qui descend et qui descend vers je ne sais où. Habituellement, il y a un métro à son pied ou au pire un centre d’achats. Ton escalier, je n’en vois pas la fin. Un peu semblable à l’escalier du métro Beaudry, sauf que, lui, on en vient à bout.

Dans la presque nuit, ta démarche est déjà vacillante. Pourquoi as-tu besoin de la maquiller cette nuit, elle ne te plait pas toute nue, toute belle de son vrai visage. J’arrive à comprendre cette frénésie, mais tes matins, tu ne les vois plus. Ils appartiennent à ta bouteille qui te rend esclave de ton lit, un peu malade, sans énergie. Il y a ensuite ta culpabilité de l’après-midi, tu m’en as déjà parlé. C’est là que tu dis que tu préfères ne plus boire profiter des instants de lucidité que te procure cette pleine liberté de sens. Tu dis que demain sera le plus beau jour de ta vie. Tu le construis déjà dans ta tête, je sais ce que c’est. Le soir arrive et il te regarde droit dans les yeux, te tend la bouteille, ne demande pas de pourboire, n’en espère pas non plus. Tu ne peux pas dire non à cette bière si gentiment offerte, et tu te convaincs, de toute façon, que demain ne compte plus. C’est ce soir l’important. Commence la valse des verres et son apogée d’euphorie. Tout te semble être d’une extrême lucidité, mais elle ne dure jamais longtemps. Elle se joue bien de toi qui espères la figer dans ta nuit. La saisir et la porter comme un trophée. Je l’ai déjà vécu pour pouvoir t’en parler. C’est à ce moment que viennent les verres de trop. Les verres qui te rendent con. Les verres qui s’imprègnent indélébilement dans ta chair que tu traines sans le savoir et qui défigure le paysage, ton paysage à petit trait de crayon par-ci par-là. Tu biffes des noms, des espoirs, des souvenirs.

Si ce n’était pas une rue, mais un chemin de fer et que le feu rouge criait dans la nuit pour t’avertir que les barrières se referment, tu ne pouvais même pas le manquer. Si c’était, en fait, comme dans les films et que ta cheville était inévitablement prise entre deux rails, que les pneus ne crissaient pas, seulement un train dans la nuit qui n’aurait aucun remords à broyer ton avenir. Un train dans la nuit qui porterait ton nom.

Mood musical: Rachel’s - Water from the same source
Pilosité faciale:7 jours
Taux d’amabilité: introspectif
Taux de dérision: nuageux