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Parcelles de secondes

mai 16, 2008

J’élime les minutes qui me séparent de ma fin de semaine d’une façon bien étrange, bien personnelle. Une liberté que j’appréhende un peu trop rapidement due au fait que je suis dans l’illégalité de mots. Je devrais plutôt m’évertuer sur des chiffres, des tonnes de chiffres, des rapports qui servent probablement moins qu’on me fait sentir leurs urgences. Il n’y a rien de plus impératif qu’un tableau qui ne veut rien dire, mais qui pourrait artificiellement égayer le bonheur des dieux par ses courbes agréablement croissantes pour l’oeil.

J’élime les minutes de cette triste prison qui devrait, du moins, m’enchanter pour cette stabilité financière qu’elle me procure, mais aujourd’hui, j’en suis incapable. Je voudrais partir pour un Mexique à l’autre bout du monde. Je ne parle pas de celui des Amériques, un Mexique qui n’existe que dans mon imaginaire. J’apporterais dans mes bagages des tonnes de pages sans chiffres sauf peut-être ceux qui indiquent les pages. Un Mexique aux courbes délectables et accentuées par les margaritas carabinées que me prépareraient ces Mexicains utopiques de manière à oublier mon chemin, à retarder mon retour à la réalité. Que j’oublie les paroles de ces Oh! Canada, que j’oublie aussi qu’il y a une fête pour les patriotes. Que j’oublie que j’ai une histoire, que nous avons tous une histoire.

Cependant, je me souviens. Pour le meilleur et pour le pire. Je me souviens de ces nuits à ne pas penser à toi. De ces jours à voguer sur l’infini des mots pour survivre, pour ne pas me jeter dans un tourbillon qui me projetterait inévitablement vers les tréfonds de ma destinée. Je me souviens de respirer et d’exister en alternances ou simultanément, j’oublie de m’effriter comme les peaux vieillissantes ridées par trop d’années refoulées. J’oublie et je me souviens sans vraiment savoir pourquoi les secondes comptent beaucoup plus que les heures. Les minutes ne sont que de tristes pages qu’on ne relit jamais une deuxième fois, de tristes créatures qu’on sublime pour les voir disparaître ou qu’on repousse au bout de nos bras pour ne pas les voir arriver trop rapidement. Les souvenirs tiennent sur moins d’une minute. Mes années, une galerie de souvenirs en parcelles de secondes.

Mood musical: The Cure - Friday I’m In Love
Pilosité faciale:6 jours
Taux d’amabilité: volage
Taux de dérision: temporel

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