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Sur ma rue

mars 15, 2008

Jour -282 

Je marchais le long de ma rue, du côté non déneigé, j’aime l’aventure, le risque. On croise des gens beaucoup plus intéressants de ce côté de la rue, même si nous n’avons pas le temps de les voir. Nous sommes trop occupés à regarder nos pieds laisser des traces, à retenir nos jambes en équilibre sur ce trottoir extrême. Le iPod dans les oreilles, 214 artistes dans ma poche qui pourraient me faire connaître mon quartier de deux cent quatorze façons différentes. Plusieurs jolis sourires qui ne m’appartiendront jamais plus que l’instant d’un cliché, le temps de cligner des yeux. En fait, c’est faux pour les sourires, la plupart des gens ne sourient pas. C’est ce qui les rend encore plus précieux ces sourires de femmes, ces sourires d’hommes. Je crois que ce que j’aime de la ville est le nombre d’humains qu’on croise à la seconde. Je les aime tous, un peu, pour des raisons bien différentes.

Paradoxalement, je ne suis qu’observateur, le fait que quelqu’un m’adresse la parole en public me déstabilise. C’est un peu comme si j’étais plongé dans un roman et que tranquillement au fil des pages, le narrateur m’apostrophe, m’agrippe par le cou, m’incruste entre deux paragraphes pour que je prenne part au récit. Je ne suis pas préparé, ma tête est ailleurs dans une histoire que je suis en train d’écrire mentalement sans m’inclure. Pourquoi? J’aimerais vraiment le savoir. Je voulais en venir au fait que l’effervescence de la ville me permette d’observer anonymement, m’accorde le droit de me laisser fondre dans la masse, me laisser m’imprégner de l’énergie de la sociosphère ou de la noosphère urbaine. Me l’approprier comme si c’était un monde en soi, je dresse mes balises, mes frontières dans ma tête pour reconstruire habilement une réalité fusionnée à mon imaginaire.

Je marchais effectivement le long de ma rue, quand par mégarde, je suis entré en collision avec cette belle inconnue. Je sais, c’est extrêmement cliché, mais la réalité c’est comme ça, un éternel recommencement. Nous sommes des acteurs de ce grand théâtre que nous répétons cycliquement au rythme de nos passions. Tout simple, un sourire, des yeux qui s’entremêlent pendant un si petit laps de temps. Comme si le brun et le bleu ne faisaient qu’un unique vert, un unique univers. Un petit « je m’excuse » embarrassé et un cœur qui bat à rompre le sol de Montréal, laissant sur mon chemin quelques fissures dans le bitume, encore plus dommageable que les changements drastiques de température.

 Mood musical: The National – Available
Pilosité faciale: 5 jours
Taux d’amabilité: émotif
Taux de dérision: inexistant

2 commentaires

  1. Elle devait être mignonne cette fille pour que le coeur te débatte au point de fissurer les rues de montréal ;)


  2. Belle histoire.
    :)



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