
Mère
mai 11, 2008Jour -225
Je suis parti voir ma mère parce qu’elle est plus importante que tous les mots que j’aurais pu lui écrire ici!

Jour -225
Je suis parti voir ma mère parce qu’elle est plus importante que tous les mots que j’aurais pu lui écrire ici!

Jour -226
Tu n’es pas l’infusion du Saint-Esprit qui déverse son fiel dans un bol de thé vert, chinois de préférence. Ni la violence de la nuit quand elle décide de me catapulter pendant mon sommeil sur tous les murs de ma chambre, même ceux qui n’existent pas pour qu’au réveil je me sente comme un homme qui revient de la guerre. Tu serais encore moins mon omelette italienne que j’ai de la difficulté à ingurgiter. D’ailleurs, pourquoi choisir une omelette italienne quand j’ai le cœur qui veut s’enfuir? Je retiens mon souffle entre chaque gorgée de café pour retenir ce léger désir que j’ai pour toi. Tu seras donc comme une petite gorgée d’eau salée qu’on avale par mégarde quand on se baigne pour la première fois dans la mer.
Tu voudrais que je t’explique pourquoi je suis à chercher un qualificatif pour te décrire. Je ne pourrais te répondre. Ça m’a pris comme ça au coin d’une rue, à une lumière rouge. Parce que tu sais comme moi qu’à Montréal il y en a beaucoup trop de lumières rouges. Assez pour penser à plusieurs idées saugrenues comme celle-là. C’est peut-être pour cette raison que la plupart des piétons ne respectent pas cette interdiction de passage. Parce qu’ils n’ont pas envie de trop penser, de se souvenir. « Je me souviens » beaucoup trop, je devrais délaisser le passé et me consacrer au futur. En fait, je le fais de mieux en mieux. Tu sais, une petite gorgée d’eau salée, ce n’est pas grand-chose. C’est loin d’être la mer Morte, seulement une minime gorgée d’Atlantique.
N’empêche que les Océans se mélangent. C’est un peu comme toi. Tu n’es pas vraiment une personne définie, certains aimeraient peut-être le croire. Toutefois, tu es l’amalgame du passé construit comme la femme idéale. Il y a un petit peu de toi. Un soupçon parce que tu me rappelles que la vie peut être douce et simple. Que le vin cheap semble avoir si bon goût quand il est sur le rebord de tes lèvres. Tes lèvres rouges comme l’océan.
Mood musical: Calexico - Close Behind
Pilosité faciale:5 jours selon mon barbier électrique.
Taux d’amabilité: océanique
Taux de dérision: Rouge

Jour -228
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Et que les arbres éteints haussent le volume du vent
Pour surpeupler l’insomnie…
Karkwa - Le solstice

Jour -229
Toi, en moi, dans les méandres de mon inconscient, dans les fissures que les soupirs griffonnent. Toi, sur les revers de mon âme, enchevêtré dans les coutures fragiles de mon étoffe de chair. Toi, sur moi, dans la plus grande pudeur, à contretemps du silence sur une mesure improvisée.
Moi, respirant la couleur de la nuit et la poussière chatoyante que laisse ton regard dans l’atmosphère. Moi, vers toi, déchirant l’espace qui nous sépare. Moi et toi, enfermés dans ce millénaire infranchissable. Moi, te délivrant de mon esprit, mot par mot. Alignés les uns à la suite des autres jusqu’à ton dernier souffle. Jusqu’à mon dernier élan.
Toi, me délaissant dans ta volonté propre d’exister.
Moi, t’abandonnant sans nom, t’égarer dans le temps.
Mood musical: Thurston Moore - The shape is in the trance
Pilosité faciale: je ne compte plus les jours
Taux d’amabilité: inspiré
Taux de dérision: indolent

Jour -230
Barton, où est-ce que tu es passé? Est-ce que ton prénom veut encore dire quelque chose? Quand je le crie haut et fort : « Barton, Barton, Barton ». Vas-tu te reconnaître, te retourneras-tu dans la rue quand je serai sur l’autre trottoir? Quand je braverais la Saint-Denis en plein trafic pour te rejoindre, tenter de te rattraper entre deux klaxons de taxis volubiles. Barton, le pas joli. Barton, l’un tout petit peu frustré. Reviendras-tu sur ta parole de me bouder pour l’éternité?
Bart aux cheveux gris-jaune, au profil pressé. Ton écumante passion pour les mots obscènes, les mots d’ivrognes sortis tout droit d’une gorgée de Southern Comfort réchauffé par le plomb de la ville. Par le plomb de la balle qui transperce ton cerveau au ralenti. Elle prendra peut-être quinze ans à traverser, mais elle est là. Oh! que je me souviens qu’elle est là! J’ai vu de tes idées sortir par le trou qu’elle a fait derrière ta tête il y a déjà quelques années. Me reconnaitras-tu?
Barton, mon copain d’asphalte, mon pourvoyeur de tarte à la chenille. Je ne saurai pas comment t’aborder de toute façon. Mon cerveau est trop usé et je n’ai plus cette fougue de survivre à tout prix. Toi que j’appelle sans cesse, je ne te vois foutrement plus depuis qu’ils m’ont donné ce remède de cheval. Je suis comme le Vagabond ou Skippy, sauf que je ne sauve personne, je me sauve de tout le monde. Quand je crie ton nom dans le métro, ça fait pleurer les petites filles. Les petites filles, je les fais pleurer parce que je crie ton nom si fort dans le métro. Barton, pour que tu me reviennes.
Mood musical: The Delgados - Pull The Wires From The Wall
Pilosité faciale: bien entretenue
Taux d’amabilité: déconnecté
Taux de dérision: The Man With No Name

Jour -231
Une gorgée de thé glacé vert à la lime.
Le parc n’a pas d’âme aujourd’hui, c’est un spectre égaré et les gens le contournent. Il manquait probablement deux degrés pour réanimer l’animal frileux. Malgré que la vraie raison pourrait être que mes yeux ne voient pas ce qu’ils devraient voir. Il respire fort pourtant, je l’entends. C’est à la limite du ronflement. Celui qui débute et qui s’étouffe dans le silence. Un peu pour narguer ceux qui s’installent patiemment sur un de ses bancs pour attendre qu’il se passe l’attendu. L’agréable relâchement qu’on espère, mais qui n’arrive pas. Les muscles demeurent crispés, le petit vent sifflote son hymne frissonnant. Le dormeur tire un peu de sa couverte couvrant son visage entier, résiliant du même coup toute tentation de réveil. Il faudra revenir… l’été s’annonce chaud et sec.
Mood musical: Pinback - Fortress
Pilosité faciale: à la manière de Clint Eastwood
Taux d’amabilité: Milk-shake
Taux de dérision: inoffensif

Jour -232
Ce n’est pas très clair.
Un ciel nuageux, un dimanche soir tapissé de mots.
Les tiens, les leurs et ceux de son bouquin. Si ce n’était pas de cette chanson, je crois que mes mots auraient pu être joyeux. Un petit peu plus, j’aurais pu écrire une chanson d’amour ou un hommage à son sourire. On n’a pas le droit à l’erreur quand on parle d’amour, on ne peut pas le faire à moitié. Si on le fait, ça sonne faux et de plus, l’amour, il faut cesser d’en parler. On en parle trop. J’en parle trop. Il faudrait que je cesse de le brandir comme un cheval de bataille. Ça finit par devenir pathétique. On a vite fait le tour. On préfère aller lire ailleurs, dans un café, dans un parc ou dans un univers parallèle. Partout où il y a encore de la place pour les folies.
Et les folies.
On les aime à la belle étoile. Sur l’accotement d’une route. Arrêter l’automobile sur le bord d’une piste cyclable. Perdus, au sud de nulle part, pour improviser une danse. Je ne sais pas si c’était une valse ou quelque chose de semblable. Je ne sais pas vraiment danser. Je me souviens que mes pas suivaient les tiens. Que la nuit nous appartenait. C’était visiblement surréaliste, surtout de s’imaginer valser sur du Radiohead. De n’être là, à ce moment précis, pour aucune raison particulière. Un moment totalement dénué d’amour, seulement à cet endroit pour étirer la nuit. Pour repousser le jour de quelques heures. On aura du moins réussi à calquer un film américain. Je ne me souviens plus lequel. À la différence que nous l’avons fait en une prise. Que le jour aurait bien pu arriver que nous aurions fait comme si de rien n’était.
Mood musical: The Octopus Project - Queen
Pilosité faciale: 11 jours (je suis à me demander si je ne devrais pas la garder)
Taux d’amabilité: morose
Taux de dérision: filandreux

Jour -233
J’ai rêvé que j’étais amoureux.
Vous savez ce que c’est. Avec une fille du bureau, une très jolie fille, pas du tout célibataire. De grands yeux bruns posés sur moi s’approchant au ralenti. Ses lèvres comme des monuments sacrés et les miennes, en offrandes à tous les dieux de la terre et même ceux de tous les pays des merveilles. Celui de Peter Pan ou d’Alice, peu importe s’il était imaginaire ou merveilleux. Les pirates se sont arrêtés de piller au moins quelques secondes, l’armée de cartes à jouer formait miraculeusement une main parfaite au poker.
J’ai rêvé aussi que j’étais perdu.
Dans une ville, en plein milieu du centre-ville de Karachi, entre un Pizza Hut et un Poulet Frit Kentucky. Je portais étrangement un chandail des Canadiens, celui de Langway qui jouait pour cette équipe en 1978, l’année de ma naissance. Probablement, le seul joueur de l’histoire des Canadiens à naître à Taiwan. J’étais un objet de valeur, un homme-objet. Mon propriétaire a eu droit à deux sacs de couscous et un ours édenté contre ma personne. Un ours édenté et dégriffé pour combattre contre des chiens affamés. Je n’ai jamais connu mon sort puisque ce n’était qu’un rêve. Tout ça ne pouvait être qu’un rêve. Beaucoup trop d’absurdités.
J’ai encore rêvé que j’étais amoureux.
Cette fois-ci, c’était avec toi. Tu étais maquillée de mystère, une vision incorporelle. Seulement de l’espoir et une sensation de bien-être. Nous étions dans une automobile, je conduisais et toi tu étais à côté de moi, côté passager. Tu n’étais pas attachée. Le toit ouvrant laissait le vent nous envahir, nous libérer de cet éternel enlisement qu’est l’amour routinier. Le destin aurait voulu que nous ayons un accident. Le destin aurait voulu que ce ne soit pas différent des autres voyages improvisés. Sur la route, les roues laissaient leur marque et un peu de leur odeur pour immortaliser notre passage. La destination n’était pas importante, je n’étais pas attaché non plus. Tu souriais en regardant l’invisibilité de l’horizon.
Mood musical: Clinic - Harmony
Pilosité faciale: 10 jours (victoire ce soir?)
Taux d’amabilité: songeur
Taux de dérision: nocturne

Jour -234
J’ai la tête qui déboule un escalier en colimaçon. Un escalier qui ne finit pas, qui recommence. Mon corps, en haut, attend le retour de ma tête. Et ma tête attend la fin de l’escalier qui ne cesse de recommencer sans mon corps. Mon corps en haut de l’escalier devrait nécessairement rencontrer ma tête si elle recommence et redescend par le même escalier. Elle arrive à penser que ce n’est pas tout à fait le même escalier, mais il est tout de même en colimaçon. C’est un autre d’escalier. Qui lui ressemble. Qui descend, je ne sais où. Un peu de fatigue. Une bière. Un lit beaucoup trop grand. Je le plie en deux comme le chèque du loyer pour qu’il passe plus facilement dans la fente de la porte du proprio. Le chèque dans la fente et non le lit. Le lit, je le garde pour moi. J’en ai besoin.
Mood musical: Beirut - Gulag Orkestar
Pilosité faciale: 9 jours (je n’ose pas)
Taux d’amabilité: variable
Taux de dérision: déboulant

Jour -235
Je t’ai encore quelque part dans la zone inactive de ma liste MSN. C’est un peu bizarre, parfois, ça me fout le cafard. J’ai vraiment l’impression que tout fuit, tranquillement sans qu’on s’en rende compte. Je ne parle pas uniquement de nos espoirs et de notre jeunesse. Il y a du tangible qui disparaît au bout de ces espoirs, et de cette jeunesse. On se laisse un peu s’échapper dans l’oubli à petits morceaux. On doit nécessairement se délester en chemin sinon le voyage parait beaucoup trop lourd. On se dit qu’au bout du chemin on pourra remettre la main sur ce qu’on a fait basculer de l’autre côté.
J’aimerais croire qu’on prépare en quelque sorte notre sortie, on revient rarement pour saluer la foule. Tu sais, j’ai parfois l’impression que quand je te parle comme ça, mes mots se rendent un peu plus loin que je l’imagine. C’est une question de gravité, on se dirige tous dans la même direction finalement. Il doit y avoir forcément un endroit où tout s’accumule, où tout devient quelque chose de définitif. Dans le fond, peut-être que je perds trop d’énergie à essayer de tout retenir, à m’étourdir.
« Rien n’est précaire comme vivre », disait Aragon. Il y a des parties de moi qui fuient, mais je ne suis pas malheureux. Je vieillis comme je peux. Je sais aussi que c’est plus dur pour certains. C’est pour ça que je ne te jugerai jamais pour ce que tu as fait. Au contraire, je vais toujours t’admirer pour les traces indélébiles que tu as réussi à placer dans ma tête bornée. Tu t’es laissé aspirer en entier de l’autre côté peut-être à cause de l’angle de ton point de fuite beaucoup trop incliné. Je t’ai encore sur ma liste MSN, mais je sais bien que je ne te reverrai plus en ligne.
Mood musical: Patrick Watson - The Great Escape
Pilosité faciale: 8 jours
Taux d’amabilité: transcendant
Taux de dérision: précaire